Magritte du cinéma
Tendances et conjectures

Le 4 février, se déroulera la 2e cérémonie des Magritte, une apothéose pour tous ceux qui font le cinéma en Belgique, une rencontre avec le grand public par le biais de la retransmission télé (BeTV en direct et en clair).

Ici, la compétition n’est qu’un prétexte, car les Magritte sont surtout l’occasion de brasser tous les genres de montrer tous les visages. D’entendre pour eux-mêmes ceux qui prêtent en général leur voix aux textes des autres. Les Magritte sont une vitrine, l’occasion de promouvoir le travail de tous ceux qui font le cinéma belge, car le cinéma belge quoiqu’on en pense est celui qui parle le mieux de nous.

 

Un prétexte, donc, mais quand même… Même si on s’en défend, tout le monde aime remporter une statuette, témoignage de l’admiration de ses pairs. On l’a vu dès la première édition : les Magritte on en discute et lorsqu’on évoque le nom d’un lauréat, on cite désormais cette référence, gage d’une certaine notoriété qui parfois, fait tant défaut à nos artistes.

 

Alors certes, il y aura toujours des grincheux atrabilaires pour s’offusquer que des gens ici tentent de mettre en valeur les prestations des autres, mais qu’importe? Souvent le cynisme systématique n’exprime que la prise de conscience de sa propre vacuité. Et puis disserter des Magritte, quels que soient le ton et l’intention, c’est parler du cinéma belge et donc le rendre un peu plus populaire, donner un peu plus envie aux spectateurs potentiels de le rencontrer.

 

C’était leur mission et ils l’ont menée à bien : dès leur première édition, les Magritte du cinéma ont clairement boosté la popularité du cinéma belge et le plateau proposé aux membres de l’Académie Delvaux est à la fois consistant et enthousiasmant.

Les votes pour ce deuxième tour ont débuté le 12 janvier et se sont terminés ce dimanche 28. Aucun risque de fraude (un fantasme récurrent): chaque électeur a droit à une unique session via le site internet des Magritte et il peut s’exprimer chez lui, seul dans son bureau, à l’abri des regards.

 

Quelques-uns des lauréats de la première édition…

 

Pour le premier tour, un peu plus de 400 professionnels de l’audiovisuel belge ont voté. À ce stade, les favoris étaient tous présents, mais comme d’habitude dans ce genre de configuration, on note quelques apparitions moins prévisibles parmi les nominés des différentes catégories.

La sélection de Beyond The Steppes (photo) dans le quatuor des meilleurs longs métrages est une magnifique surprise. Comme l’était la nomination d’Amer l’an dernier… Du sang frais, de l’inattendu, ça fait du bien ! Ça dynamite les conventions, ça pimente le suspense.

Beyond The Steppes est en fait une oeuvre atypique, coproduite à parts égales par les deux communautés. Une vraie fierté pour la très sympathique Vanja d’Alcantara. L’explosive Bruxelloise est folle de joie à l’idée que son film concoure pour un prix qui lui fait très envie. Sa nomination est d’autant plus étonnante que le film de cette charmante jeune dame a supplanté Quartier lointain alors que le très populaire Sam Garbarski, vieux routier de l’audiovisuel belge, est épinglé dans la catégorie « meilleure réalisation ». Or, il n’est pas si courant de voir film et réalisateur dissociés.

Son succès, Beyond The Steppes le doit donc à ses seules qualités… et au coffret de DVD remis aux membres de l’Académie Delvaux qui ont pu découvrir ce choc visuel et s’en délecter. Lors de sa sortie en salles, c’est à Bruxelles que ce périple dépaysant a attiré le plus de spectateurs. Attiré… et séduit ! N’oublions pas que  Vanja s’était également frayée un chemin jusqu’aux nominations des Vlaamse Film prijzen. Incroyable doublé pour un premier long métrage aussi risqué !

 

 

 

Outre Beyond The Steppes, ce sont  les neuf nominations de Rundskop/Tête de Bœuf qui impressionnent. Cette qualification met aussi en exergue une réalité qui a échappé à beaucoup l’an dernier : contrairement à ce qu’on imagine souvent, les professionnels qui votent pour les Magritte ne sont pas tous francophones. Cette année, les forces vives flamandes semblent s’être mobilisées pour défendre avec passion leur patrimoine et leurs artistes. Une superbe mentalité qu’on leur envie un peu…

Comme ce drame a aussi fait l’unanimité parmi les spectateurs qui l’ont vu à Bruxelles et en Wallonie, on peut se demander si le thriller de Michael Roskam n’est finalement pas l’immense favori de ces 2es Magritte. Un raz de marée de notre représentant aux prochains Oscars n’est certainement pas à exclure. Et, il ne serait pas immérité, cela va de soi.

 

 

Pour faire face à ce phénomène qui a quand même amené dans les salles belges près de 500.000 cinéphiles, Les Géants et Le Gamin au Vélo semblent les plus indiqués. Mais… car il y a un mais… la présence conjointe de ces deux films au potentiel populaire égal pourrait paradoxalement les mettre tous les deux hors course : s’ils se partagent les suffrages francophones avec La Fée par exemple, le quota de fans de Rundskop (photo) devrait pouvoir porter sans trop de mal son film au pinacle. Complexe, n’est-il pas?

 

 

Dans la plupart des sections, le Magritte se jouera certainement entre ces quatre titres ou leurs représentants. Sauf dans deux des catégories reine puisque Rundskop n’étant pas un film majoritairement en Fédération Wallonie/Bruxelles, il ne concourt pas pour le « meilleur film » et la « meilleure réalisation ». Ça peut sembler incongru au premier regard, mais ce point du règlement est assez logique si on prend la peine de le lire entièrement. Et d’y réfléchir.

 

Dans la section « meilleur acteur », ni Les Géants, ni Le Gamin ne sont représentés. Les deux jeunes acteurs belges qui en font le sel ont été plébiscités chez les espoirs (ils auraient pu faire coup double, mais les électeurs en ont décidé autrement). Ici, ça se jouera donc sans doute entre Matthias Schoenaerts (le favori) et Benoit Poelvoorde, un des chouchous de la profession. On voit mal l’excellent Jonathan Zaccaï empocher un deuxième Magritte en deux ans (quoique sur sa performance, ce ne serait pas du vol). Et Dominique Abel? Ce serait une bien belle surprise, sait-on jamais…

 

Chez les dames, c’est la bouteille à encre. Des quatre films phares, seul le Gamin au Vélo est représenté par Cécile de France. Face à elle: un trio formidable : Isabelle De Hertogh, révélation d’Hasta la Vista, l’incandescente Lubna Azabal (Incendies) et l’habituée des titres, Yolande Moreau pour sa prestation dans Où va La nuit. En gros, chacune a ses chances. Cette catégorie est surtout l’occasion pour un film qui n’émarge pas au quatuor de base de remporter un Magritte. Le hasard a voulu qu’à travers ces comédiennes d’exception on trouve une production belge majoritaire, une coproduction belge avec la France, une coproduction avec la Flandre et une production québécoise.
Excellent exemple de diversité qui caractérise à merveille le cinéma belge.

 

Présentation de la catégorie « meilleure actrice de l’année » lors de la conférence de presse du 10 janvier. A gauche Helena Noguerra, maîtresse de cérémonie, à droite Patrick Quinet, président de l’union professionnelle des producteurs francophones.

 

Quoi qu’il en soit, quels que soient les résultats des votes révélés le 4 février, cette 2e cérémonie des Magritte promet d’être déjà un des évènements marquants de l’année: une soirée sans trop d’amidon, tout en sourires et en plaisir.  Parce que reconnaître qu’on fait de belles choses ici n’est pas une honte. C’est même presque un devoir.

 

Pourquoi serions-nous le seul pays au monde où le cinéma belge n’est pas considéré comme majeur?

 

 

 

 

 

 

 

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