Après L’Autre Laurens, variation aussi ludique et esthétique que radicale sur le motif du film de détective, dont il épuisait et détournait les stéréotypes, Claude Schmitz retrouve Crab & Conrab, le duo de flics débonnaires qui déambulaient à la périphérie du film et de l’enquête. Ils sont cette fois-ci au coeur du récit de Sainte-Marie-aux-Mines, film policier hors tempo aussi drôle que mélancolique.
L’histoire? Mutés à titre disciplinaire à Sainte-Marie-aux-Mines, en Alsace, les inspecteurs Crab et Conrad se voient confier une enquête apparemment sans difficulté : la disparition d’une bague. Ce qui devait être une simple formalité se transforme rapidement en affaire complexe, bouleversant la tranquille routine de ce duo de célibataires endurcis. On retrouve donc cet improbable couple de tendres flics menant l’enquête la clope au bec tout en devisant sur la vie et la mort, l’amour et l’amitié. Chacun est animé par des motivations plus personnelles que professionnelles, retrouver l’amour pour l’un, le trouver tout court pour l’autre et se met au travail, doucement mais (pas trop) surement. Au cours de leurs investigations, Crab & Conrad croisent un défilé de villageois témoins ou suspects, dressant ainsi au fil de leur rencontre une sorte de portrait du village par ses habitants.
On l’aura compris, qui a volé quoi a tout du prétexte. Ce n’est pas tant la solution de l’énigme qui intéresse, que les circonvolutions de l’enquête, et surtout ses détours. C’est un film policier éminemment provincial, où l’enquête tourne au ralenti, se focalisant sur les moments perdus plus que sur ceux qui la font avancer, laissant la musique accélérer le rythme souvent à contretemps, créant des ruptures surprenantes qui font naitre aussi bien l’amour que la mélancolie.
Dans les rôles de Crab et Conrad, on retrouve Rodolphe Burger et Francis Soetens, le premier avant tout musicien, le second compagnon de théâtre de longue route du metteur-en-scène. Chacun impose son phrasé, imprime sa gestuelle, donnant une coloration singulière à la fiction qui se déploie dans les interstices du réel. Sur une ligne de crête, le film documente un territoire, mais aussi les corps de deux acteurs de circonstance, invités à vivre dans le cadre, avec une mission de fiction mais une aura de vérité.
Le film sort le 17 juin dans les salles belges.
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