« Hawar, nos enfants bannis », destin d’une femme yazidie

Hawar, nos enfants bannis de Pascale Bourgaux, présenté en Compétition Nationale au Brussels International Film Festival, Pascal Bourgaux dresse le portrait singulier d’Ana, survivante deux fois victime des djihadistes, et de sa communauté

Hawar, nos enfants bannis explore le sort réservé aux femmes yazidies enlevées par les djihadistes, et menacées d’être mises au ban de leur communauté pour avoir enfanter des  bâtards de Daesh. Pascale Bourgaux a une longue expérience documentaire, tournée depuis de nombreuses années vers les zones de conflit, plus spécifiquement au Moyen-Orient. Hawar est le fruit de plus de 8 ans de travail, de recherches et de rencontres avec des femmes yazidies enlevées et violées par les djihadistes de Daesh. Un parcours entamé il y a près d’une décennie, nourri déjà par deux documentaires: Femmes contre Daesh (2016), et Femmes yazidies: le combat pour la liberté (2014), sorti au début de ce qui est aujourdhui reconnu comme un génocide, alors que Daesh envahit lIrak depuis la Syrie. Alors que nombre d’hommes sont exterminés, les femmes souvent sont maintenues en vie, et réduites à l’état d’esclaves sexuelles.

Le film recueille le témoignage d’Ana, qui ose briser le silence, et mettre en lumière le double bannissement dont elle est victime: d’abord, l’enlèvement par les djihadistes, ensuite, le rejet de sa propre communauté quand elle envisage de garder avec elle son bébé, « l’enfant de l’ennemi ». Ana revient sur le jour où les armées de Daes ont fait irruption dans son village, kidnappant femmes et jeunes filles, les cachant en transit à Mossoul, avant de les parquer en Syrie. Là-bas, les femmes font l’objet d’une loterie, chacune est attribuée à un combattant, devenant son objet sexuel. Le viol devient alors une routine.

Près de 2000 femmes yazidies sont ainsi maintenues en esclavage. Violées à répétition, nombre d’entre elles tombent enceintes. A leur libération, ces femmes sont réintégrées à la communauté yazidie malgré leur « impureté ». Une cérémonie leur offrant une sorte de nouveau baptême les rend aptes à retrouver les leurs, à la condition qu’elles renoncent à leurs enfants, vus comme des « êtres néfastes », rejetons de « pères répugnants ». Alors ces femmes courbent la tête, souvent, et rentrent dans l’ordre patriarcal établi par le commandement religieux de la communauté. Parfois pourtant, elles fuguent, comme Ana, que l’on suit en secret, partie retrouver sa fille Marya, recueillie par ses grands-parents paternels.

On chemine dans le dos d’Ana, dont la réalisatrice préserve l’anonymat, au rythme de son témoignage, poignant, on observe avec elle les paysages désertiques qu’elle traverse tout au long du film, comme un écho à sa solitude forcée, à sa maternité empêchée.

Entre deux étapes, on croise d’autres femmes, d’autres histoires, comme celle de cette mère exilée en Australie, qui fuit sa famille pour retrouver ses enfants en Irak, ou celle de cette directrice d’orphelinat qui aux côtés d’un ex-diplomate américain, orchestre les retrouvailles entre des mères éplorées, et des enfants perdus.

L’histoire singulière d’Ana, qui se déploie sur toute la durée du film ou presque, avant de lui offrir quelques heures dans la vraie vie et quelques minutes à l’écran avec sa fille, illustre le long, douloureux et parfois dangereux parcours emprunté par ces mères courage pour retrouver leurs enfants. Et permet de restaurer aux bébés dont l’existence a été niée et aux femmes enfuies déclarées disparues leur identité aux yeux du monde, à défaut de l’acceptation de la communauté yazidie.

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