Avec L’île de la demoiselle, Micha Wald propose une film d’aventure féministe, huis clos étouffant sur une ile déserte au XVIe siècle, entre une jeune femme bannie, sa servante et un inquiétant chevalier servant.
En 1542, Marguerite de la Rocque, très jeune femme de la noblesse française, est embarquée dans une expédition coloniale pour le Canada par un vieil oncle et tuteur qui compte bien l’épouser. Mais une fois sur le navire, il constate que sa jeune promise est enceinte d’un autre, et magnanime, décide de l’abandonner sur une île déserte plutôt que de l’exécuter. Sauf que cet autre est aussi son violeur. L’équipage la débarque sur l’île aux démons en compagnie de sa servante Damienne, de son agresseur donc, et d’un peu de nourriture et quelques munitions. Livrée aux éléments, ainsi qu’à la convoitise qui se mue vite en sens de la propriété de celui qui a abusé d’elle, elle se bat tout à la fois contre sa grossesse non désirée, la faim et le froid, les agressions aussi de Thomas. Sur l’île, les jours puis les mois se succèdent, soumis aux intempéries et aux conditions climatiques extrêmes, mais aussi à la complexité des rapports humains. Seule Damienne tente maladroitement d’apporter soutien et réconfort à Marguerite, dans les limites de sa vision du monde, bornée par sa foi aveugle, notamment quand la jeune femme voudrait se libérer de la grossesse qui l’empêche et l’oblige. L’exil forcé de Marguerite durera plus de deux ans, avant qu’un navire ne la ramène en France, où l’attendra un procès pour sorcellerie. Seule l’intervention de Marguerite de Navarre, soeur de François 1er sauvera la jeune femme d’une condamnation à mort.
L’Île de la demoiselle est à la fois un biopic, portrait qui narre la lutte à la vie à la mort d’une jeune fille abandonnée à la violence des hommes qui tente d’y résister; un survival, film d’aventures sur une île déserte battue par les vents, où la nature est tour à tour hostile, nourricière et protectrice; un film historique, explorant en passant les arcanes de la cour du roi François 1er, le sort réservé aux femmes, jeunes et moins jeunes, les us matrimoniaux et familiaux; un récit aux accents féministes de lutte, de colère et de résistance, de sororité aussi et au final d’émancipation. La jeune comédienne belge Salomé Dewaels offre à Marguerite la fougue de la jeunesse et la détermination d’une âme puissante. Ce film historique par son époque est traversé d’un puissant courant de modernité, dans ses enjeux comme dans son jeu. A voir absolument sur grand écran.
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