Sur le tournage de… « Cap Farewell »

Visite sur le tournage du nouveau film de Vanja d’Alcantara, Cap Farewell, avec Noée Abita, Matteo Simoni, et Olivier Gourmet. 

Mars 2024. Rendez-vous est donné au Brussels Royal Yacht Club. A l’arrivée sur le plateau, on croise deux cascadeurs. Deux cascadeurs? Voilà qui ne cadre pas forcément avec ce que l’on connaît du cinéma de Vanja d’Alcantara, un cinéma intimiste et puissamment contemplatif, au plus près des tourments émotionnels de ses personnages, comme dans Beyond the Steppes ou Le Coeur Régulier. Pourtant, ce nouveau film, Cap Farewell vient tout droit de la racine de son cinéma, son premier film, le documentaire La Tercera Vida. Elle y rencontrait une jeune femme de 29 ans sur le point de sortir de prison, après y avoir été incarcérée à l’âge de 18 ans.

Comment allait-elle aborder ce retour à une vie mise en suspens, à l’âge de tous les possibles? « L’enjeu pour cette jeune femme, nous explique Vanja d’Alcantara, était: comment retrouver sa place, alors qu’elle avait une petite fille qui avait été élevée par sa grand-mère? On voulait suivre sa réinsertion, et mais elle est morte deux mois après sa sortie. Je me suis toujours dit qu’il y avait là le point de départ d’une histoire forte, et puis je pense qu’il y avait aussi d’une certaine façon chez moi une volonté de réparer une histoire qui n’avait pas pu avoir lieu. Alors j’ai commencé à écrire une histoire, qui a mis très, très longtemps à se concrétiser. Elle est restée longtemps dans un tiroir. Et puis un jour je l’ai ressortie, c’était le bon moment. Tout ça a finalement beaucoup été romancé, j’ai ajouté une histoire criminelle, un côté film noir. Mais le coeur du film vient de là, cette relation triangulaire entre trois femmes de trois générations différentes. »

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Le coeur du film justement, c’est Toni, incarnée par la jeune comédienne française Noée Abita, découverte dans Ava de Lea Mysius, vue notamment dans Slalom de Charlène Favier, aux côtés de Jérémie Renier, ou dans Les Passagers de la nuit de Mikhaël Hers. « Ce film, c’est comme le monologue intérieur de Toni, raconte le comédien flamand Matteo Simoni, qui joue avec elle dans le film, j’espère qu’on sera dans sa tête, qu’on pourra ressentir toutes les nuances de la voie qu’elle essaye de se tracer. » « Elle cherche une place de mère, et de femme libre, confirme la cinéaste. Elle veut retrouver l’équilibre, mais elle tombe à nouveau pour son amour de jeunesse, le père de sa fille,  impliqué dans des trafics de la zone portuaire. Elle doit s’affranchir de ce monde criminel et toxique. Trouver un chemin de vie honnête. C’est un personnage encore jeune, qui fait un trajet vers une forme de maturité. Elle va devoir apprivoiser sa file, et se laisser apprivoiser. Ce qui importait pour moi, c’était aussi de montrer différentes générations de femmes qui s’entraident. » Ces femmes, ce sont sa mère, interprétée par l’excellente comédienne canadienne Pascale Bussières, et sa fille, jouée par la jeune Belge Aélis Mottart.

Mais revenons à la scène du jour… et aux cascadeurs! La séquence filmée est un face-à-face entre Matteo Simoni, qui incarne Max, l’ex-compagnon de l’héroïne, et père de sa petite fille, et Olivier Gourmet, son oncle. « C’est un patron de restaurant, nous explique le comédien que l’on ne présente plus. Il paye la caution de Toni pour qu’elle sorte de prison, la prend sous son aile et lui donne un job. Le problème, c’est qu’il est aussi trafiquant de drogue, et emploie Max. Il va essayer de détruire l’emprise de Max sur Toni, mais les choses ne vont pas se passer comme il voudrait. » La tension est plus que palpable entre les deux hommes, à tel point que le boss demande à ses hommes de main de jeter Max dehors. Voilà la cascade!

On s’amuse auprès de la réalisatrice de ce changement de registre: « Mes deux premiers films étaient très intimistes et très contemplatifs. Et je dois dire que c’est assez chouette de faire un film différent de ce que j’ai pu faire avant, plus narratif, avec plus de personnages, plus de scènes, plus de tension. Ce n’est pas spécifiquement un film noir, mais on emprunte des codes du genre pour raconter une histoire intime et personnelle. J’aime bien ce que dit James Gray à ce sujet, que le genre permet de rendre universel une histoire très personnelle. Utiliser des codes connus de tous permet aussi d’imaginer un film très intime avec des nuances dans les relations, des personnages complexes. »

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Matteo Simoni lui n’en est pas à sa première cascade, il a eu son lot dans Patser d’Adil El Arbi et Bilall Fallah notamment, dont il s’apprête d’ailleurs à tourner la suite. « C’est toujours chouettede voir combinés à l’écran vulnérabilité et action, se confie-t-il. Max est parfois à la frontière de la légalité. Mais comment résiste-t-on aux sirènes de l’argent facile quand nos amis nous tirent vers là, quand cela nous permet aussi de camoufler nos erreurs? » Cela dit, la vraie cascade pour l’acteur est plutôt… linguistique: « C’est très intéressant à jouer pour moi, car c’est la première fois que je joue en français. J’ai déjà pas mal joué en dialectes, mais là c’est encore autre chose, c’est un nouveau monde qui s’ouvre pour moi. De nouveaux partenaires de jeu aussi. C’était un vrai challenge, de me sentir libre en jouant en français. J’ai pris des cours pendant deux mois. Mais je cherche toujours des projets qui m’ouvrent de nouveaux horizons, me permettent de progresser, là, c’était une occasion en or. »

De son côté, Olivier Gourmet se réjouit de jouer dans un film belge, « je suis souvent expatrié en France malheureusement! Et puis j’ai été séduit par le cinéma de Vanja, la justesse de son scénario, sa sensibilité, et le regard très fort qu’elle pose sur la condition féminine. » Quand on lui demande quel est le plus grand défi pour lui avec ce rôle, il répond en riant: « Ne pas me reposer sur mes lauriers juste parce que c’est un petit rôle! Il faut toujours se remettre en question. » Ce que le comédien semble faire film après film, enchaînant les projets, et variant les univers. D’ici la fin de l’année, il doit encore « partir en Bulgarie pour un film de genre, plus gore cette fois, qui mêle écologie et politique, Gibier, d’Abel Ferry, tourner une série pour Netflix jusque fin octobre, où je joue un moine dans une quête mystique moyen-âgeuse, fin août, je serai dans un film sur l’histoire du Radeau de la méduse, réalisé par Peter Webber vu par le prisme de Guéricault, et puis j’ai deux jours  de tournage sur le prochain Klapisch où je joue Claude Monet. » Entre temps, on le verra à l’affiche de Colocs de choc (ex-Retro Therapy) d’Elodie Lelu qui sort le 1er mai et des Tortues de David Lambert qui sort le 15 mai.

Pour finir, on demande à Vanja d’Alcantara ce qui lui tient le plus à coeur avec ce projet qu’elle porte depuis si longtemps: « Mettre en valeur des personnages féminins complexes, forts, traversés par des conflits intérieurs. Surtout, mettre en scène une constellation de femmes qui se cherchent, des relations pas toujours évidentes. Ce sont des histoires que l’on raconte peu, qui me semblent importantes à transmettre. Et puis c’est excitant féminiser un genre, de raconter une historie musclée du point de vue d’une femme, ça me motive. Avant je me sentais vite mise dans une catégorie de films de femme, alors qu’aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir trouvé ma place. Je me dis qu’il y a peut-être une petite différence à faire, et enfin aujourd’hui une ouverture pour ça. » 

 

 

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