Rondo
Le grand homme et l’enfant

Rondo, c’est l’histoire d’un pari, celui d’un premier film forcément toujours difficile à produire (Saga Film, l’opiniâtre, est aux commandes), à tourner et à distribuer. C’est donc l’arrivée dans le grand monde du long métrage d’un nouveau réalisateur, porteur d’un projet qui lui est cher: Olivier Van Malderghem, connu pour ses courts, ses montages et un récent documentaire consacré à Jaco Van Dormael. Rondo, c’est aussi le plaisir de retrouver sur nos écrans, un des plus grands acteurs français, un homme qui reste disponible, mais également très impressionnant

 

UN SEIGNEUR

Nommé à sept reprises aux César sans jamais emporter une seule statuette (même le malchanceux Lambert Wilson n’a été cité en vain que six fois), Jean-Pierre Marielle est la preuve vivante que, oui, l’injustice est bien de ce monde. Mais qu’importe…

 

 

Lauréat d’un Molière et d’un très mérité Sept d’or pour sa prestation dans La Controverse de Valladolid, la star se moque un peu des honneurs. Sa carrière est truffée de performances exceptionnelles et de formidables films. Il est tout simplement un des plus incroyables acteurs en activité et en impose à tous avec sa prestance et sa truculente voix de stentor. Si ce n’est pas encore fait, nous vous conseillons d’ailleurs de vous procurer sa biographie (Le Grand n’importe quoi)… mais choisissez l’édition accompagnée d’un CD ! Jean-Pierre qui raconte Marielle… c’est tout sauf n’importe quoi.

 

À près de 80 ans, on imagine bien notre homme se retirant dans un château avec son épouse, scrutant chaque matin son parc avec un plaisir non feint et la satisfaction du devoir accompli. Mais non. L’ogre a toujours faim et il accepte de jouer dans des premiers longs métrages si le scénario lui convient. Et même de venir soutenir ce film en salle devant son public, comme ce sera à nouveau le cas à deux reprises durant les BNP Paribas Fortis Film Days. Jean-Pierre Marielle sera jeudi 22 à l’UGC Toison d’Or et le lendemain à Imagix Mons avec son réalisateur et une partie de l’équipe de Rondo.

 

 

Il est assez légitime de mettre en avant la présence de Jean-Pierre Marielle. Il est d’ailleurs en bonne position sur l’affiche. Pouvoir compter sur un mythe pour son premier long métrage est évidemment une aubaine! Mais il ne faudrait pas oublier que le jeune personnage principal du film, le Simon, envoyé en Albion pour échapper aux nazis est interprété par Julien Frison, qu’on a vu jusqu’ici dans quelques seconds rôles, dans Odette Toulemonde, Big City, Un Monde à Nous ou Sommeil Blanc, voire dans la série Mes amis, mes amours, mes emmerdes. C’est un espoir de notre cinéma qui obtient ici une première vraie chance de se faire remarquer.

 

UNE GRANDE HISTOIRE, UN NOUVEAU RÉALISATEUR

 

Rondo se déroule en 1943. Et commence en Belgique. Pour la famille Field, la situation devient insupportable : les persécutions antisémites sont quotidiennes, de plus en plus violentes. Joseph, le père, se rebelle contre l’armée occupante. Sans ménagement, il est arrêté et déporté. Esther, sa femme, n’a d’autre choix que de passer dans la clandestinité. Elle confie Simon, son fils aîné, à Abraham, son beau-père. Celui-ci connaît une filière d’évasion vers l’Angleterre, et il reste encore une place. C’est le début d’une histoire forte pour le vieil homme et son petit-fils.

 

 

A la lecture de ce pitch, c’est évident : Rondo a tous les atours d’un film écrit et mis en scène par un artiste juif soucieux d’honorer ses racines. Mais… pas du tout ! Pour Olivier Van Malderghem, il s’agit de la concrétisation d’une longue réflexion d’ordre philosophique. C’est d’ailleurs la matière qu’il a étudiée avant d’entamer l’apprentissage du montage à l’INSAS et de donner cours à l’IHECS (l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales, aujourd’hui situé à Bruxelles).

 

Passionné de cinéma, Olivier exécute quelques montages pour d’autres réalisateurs et réalise plusieurs courts métrages, comme L’arbre au chien pendu (2000), Une fille de joie (2002) qui se déroulait déjà durant la Deuxième Guerre mondiale. Ou Noir d’Encre (2006). En 2010, il signe Hors Limites, un documentaire centré sur Jaco Van Dormael pour la Cinémathèque de la communauté française. Hors Limite est à la fois une analyse du travail de Jaco, mais aussi un portrait de l’homme à travers le réalisateur, un homme qui est l’ami d’Olivier Van Malderghem depuis très longtemps.

 

 

Mais naturellement, quand on aime le 7e art au point de lui consacrer l’essentiel de son temps, on n’a souvent qu’une envie: concevoir un long métrage parce que, quoi qu’on en dise, cela reste la forme la plus aboutie de l’œuvre cinématographique, celle surtout qui permet une rencontre avec le plus large public possible.  En attendant la sortie nationale, le 28 septembre, les BNP Paribas Fortis Film Days (et ses Cinevox Happenings) sont donc une occasion parfaite de découvrir le film dans des conditions idéales, à un prix modique et surtout, en présence de l’équipe. RV programmé le jeudi 22 à l’UGC Toison d’Or, vers 19h30.

 

 

 

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