Rien à déclarer ?
Si ! On aime ça !

C’est le plus belge des films français, le succès de l’année qui a fait manger son képi à plus d’un producteur ici-bas: mais pourquoi, oui pourquoi n’y avoir pas songé avant Dany Boon ? Heureusement pour nos acteurs, l’affiche est un véritable who’s who de l’humour d’ici-bas, sur grand écran. Tête de banc, Benoit Poelvoorde bien sûr, qui livre sa composition la plus hystérique prouvant qu’il est l’héritier le plus crédible de Louis de Funès… quand il en a envie. À ses côtés, Bouli Lanners, épatant en faire-valoir gentil et peu zélé, François Damiens qui crève l’écran en crétin pathétique mené par le bout du nez par sa moitié, Jean-Luc Couchard garagiste inventif, Olivier Gourmet de passage et aussi Laurent Capelluto ou la jeune débutante Julie Bernard.

 

En Belgique, Rien à déclarer, coproduit et financé en Tax Shelter par Scope, a fédéré un million de spectateurs. Huit millions chez nos voisins hexagonaux. C’est énooorme, dirait Fabrice Lucchini ! Et pourtant, alors qu’on pourrait croire qu’un tel chiffre est garant d’une certaine unanimité, c’est le contraire qui se passe. A la base de cette réaction: une équation toute simple: puisque le film attire les masses, c’est qu’il est médiocre et inintéressant. Paradoxe qui entérine la rupture entre la critique et le public: la première est persuadée d’avoir raison et le deuxième s’en moque totalement. Précisons que si le phénomène est écrasant en France, il reste assez marginal en Belgique. En atteste ce ciné-club de Twizz plutôt décontracté.

 

Six mois plus tard, on pouvait légitimement penser que la hache de guerre serait enterrée. Que chaque camp aurait relativisé sa position pour chercher un compromis, un moyen terme. Il n’en est rien. Rien à Déclarer vient à peine d’apparaître sur support numérique que le pilonnage reprend de plus belle: « pas drôle, débile, éculé… » La plupart des critiques n’ont pas d’adjectifs assez acérés pour décapiter la comédie populaire de Dany Boon ou la prestation de Benoît Poelvoorde accusé d’être caricatural (tu m’étonnes… ). L’unanimité est presque totale et les journalistes, blogueurs et polémistes avancent en rangs serrés propulsant leurs boulets rougis sur ce succès, ce triomphe même, qui leur est visiblement resté en travers de la gorge.

 

Car si on adopte une perspective historique, remontant avant la sortie officielle du film, on se rappellera que la tournée promo provoqua d’abord des réactions extrêmement positives un peu partout en France. À l’occasion du 10e anniversaire de Wallimage, nous avions découvert Rien à Déclarer à Mons au début du mois de janvier et l’accueil réservé par une salle comble, composée d’invités lambda, mais aussi de nombreux people, politiques ou non, fut presque unanimement enthousiaste. Évidemment, direz-vous: invitation gratuite, équipe présente. Heu… Oui, d’accord, mais à Mons on se souvient tous d’un anniversaire bien moins chaleureux. Non, le constat est indéniable: découvert sans a priori le film avait séduit une majorité de spectateurs, suscitant même quelques accès d’hilarité assez contagieux.

 

Les ennuis allaient commencer un tout petit peu plus tard au cœur du sérail parisien: échaudée par une tournée promo à l’américaine, agacée par le succès éléphantesque de Bienvenue chez les Ch’tis, la presse de la capitale dépêcha d’abord des journalistes dans le Nord, visiblement priés de rapporter des articles indiquant que les salles étaient aux trois quarts vides et que la comédie était partie pour être un four. Unanimité déjà. Et lorsque les critiques tombèrent la semaine suivante (le film, rappelons-le, est sorti en deux temps), ce n’est pas une volée de bois vert, mais une avalanche de vieilles ronces qui salua Dany et ses complices belges. Résultat: convaincu par la presse, le public boude le film qui termine à 124.365 entrées.

Ou pas…

 

Rien à Déclarer aura finalement attiré près de 10.000.000 de spectateurs. Soit, après les

20 millions de Bienvenue chez les Ch’tis « un relatif échec » pour quelques analystes (mais si, mais si, ce fut écrit et proclamé en radio). Si le critique, par définition, est libre (et heureusement) de décortiquer, de comparer, là on est clairement dans le registre de la mauvaise foi.

 

Autre affirmation développée par les journalistes: certes, les spectateurs y sont allés par curiosité, mais ils en sortaient déçus. Cela suppose qu’on peut réunir 9.000.000 de spectateurs sur un malentendu. Demandez à Yann Moix ce qu’en pense son Cineman gonflé à l’hélium.

 

Le temps faisant son œuvre, les derniers défenseurs de Dany Boon, au lieu d’adoucir leur propos, ont donc franchi la ligne rouge et l’unanimité critique est aujourd’hui totale pour la sortie du DVD : c’est entendu, le film est exécrable et d’ailleurs il ne se vendra pas puisque les spectateurs ont été écœurés par ce qu’ils ont vu en salles, bernés qu’ils furent par on ne sait quel engouement tenant de l’hystérie maladive.

 

Patatras ! Le pronostic s’avère à nouveau nul et non avenu. Non seulement, Rien à Déclarer est le film français le plus téléchargé illégalement de l’année (facile à estimer) mais les premières semaines de vente des DVD et Blu-Ray sont tout simplement exceptionnelles.

 

Alors bien sûr: le fait qu’un film soit populaire n’implique pas que ce soit un grand film. Mais qui  a parlé de « grand film » ? Dany Boon ? Sûrement pas ! Il y a Coppola, il y a Fellini, il y a Gérard Oury aussi. Et c’est de ce côté-là que Dany se situe. Bouli Lanners résume très bien le positionnement de cette comédie dans un director’s cut que vous pouvez visionner sur le site (cliquez ici – allez directement à la 50e seconde).

Malgré l’inévitable pression générée par les excellents chiffres des Ch’tis, le réalisateur a voulu refaire un film drôle pour le plus grand nombre, pour son public. Et il a merveilleusement réussi son entreprise. Chapeau bas, donc. Le reste n’est que billevesée… Discussion sans véritable intérêt.

 

Le succès du DVD et du Blu-Ray est bien sûr dû au fait que les spectateurs qui ont vu Rien à Déclarer en salles l’ont aimé et ont envie de s’en gaver, de potasser les répliques et de s’éclater. Mais perfectionniste et très attentif à faire plaisir à ceux qui l’aiment, le sympathique nordiste (qui vient tout juste de fêter ses 45 ans) est reparti au combat la fleur au fusil pour promouvoir la sortie digitale de son film. Récemment, il a fait une descente fort appréciée dans plusieurs villes du Nord, accueilli partout comme le champion du Box Office qu’il est. Un champion qui respecte ses fans parce qu’il les connaît parfaitement (ce qui le différencie sans doute d’une certaine presse).

Pas de petits fours pour le grand Dany Boon, mais une tournée éclair qui le mène d’Auchan à Englos à la FNAC de Lille en passant par le Carrefour de Wasquehal et le Furet. Intense, mais chaleureux, car pour le coup les journalistes qui le suivaient n’ont pu que remarquer que le public qui l’attendait était ravi de le rencontrer, toujours aussi accessible et attentif.

 

Ce souci de bien faire, on le retrouve sur les supports numériques bourrés de bonus croquignolesques: un making of d’1h13, des scènes coupées (dont une des scènes les plus compliquées du tournage, finalement éliminée au montage), un bêtisier de 30 minutes, un reportage sur les décors du film et un autre… sur la tournée en province. Tout est dans tout. Et inversement.

 

Ce succès du film et des galettes digitales n’est pas sans conséquence: Benoit, Bouli, François, Jean-Luc et consorts ont vu leur cote grimper. En Belgique, Melimédias qui les distribue va transcender une année difficile grâce à ce triomphe, une année pendant laquelle le distributeur a surtout sorti de nombreux petits films d’auteur souvent formidables qui ne lui ont, hélas, pas rapporté grand-chose. Il y a quelques mois, ce sont les exploitants, le distributeur du film (Alternative) et son coproducteur belge (Scope) qui se frottaient les mains, ravis de voir un début d’année  mollasson soudain électrisé par la grâce d’une comédie douanière. Un triomphe comme celui-là fait beaucoup de bien à toute l’industrie franco-belge et si en plus il rend heureux des millions de spectateurs, il n’y a aucune raison de bouder son plaisir…

 

Et bien sûr, notre grande opération « Les jeudis DVD » continue: allez immédiatement faire un tour dans notre section concours: 7 DVD vous y attendent. Boon chance !

 

 

Check Also

Jamais deux sans trois pour Coppola ?

Francis Ford Coppola a présenté son nouveau Megalopolis à Cannes en Compétition Officielle (photo © …