René 2026: qui seront les gagnant·es?

Ce samedi 7 mars auront lieu les René du Cinéma, une 15e édition qui promet une fois de plus de mettre en lumière l’incroyable diversité des talents de l’audiovisuel belge. Mais qui repartira avec le tout nouveau trophée, imaginé par le fantasque plasticien wallon Vincent Solheid? On fait le point ci-dessous…

Après le triomphe l’année dernière de La Nuit se traine de Michiel Blanchart, ou de Dalva l’année précédente, on pourrait être tenté de parier cette année sur celui de l’excellent On vous croit, qui a multiplié les honneurs et les prix depuis sa présentation il y a tout juste un an à la Berlinale. Mais les prétendants au titre sont nombreux·ses, et ô combien talentueux·ses. Entre les indéboulonnables frères Dardenne, dont l’appétit de cinéma semble ne tarir jamais, Fabrice Du Welz qui s’attaque avec panache à tout un pan déterminant de l’Histoire de Belgique, Laura Wandel qui transforme l’essai de son premier long métrage acclamé, et Alexe Poukine, qui débute en  fiction forte de sa riche carrière documentaire, avec un premier long aussi vif que surprenant, c’est peu dire que la compétition sera exaltante, et féroce. Retour sur les principaux films nominés.

« On vous croit » de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys

Primé dans de nombreux festivals (lauréat notamment du Bayard d’Or et du Bayard d’interprétation à Namur), On vous croit de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys dresse le portrait saisissant d’une mère de famille qui se heurte au temps long de la justice alors qu’elle tente de protéger son fils victime d’inceste, le temps d’une audience auprès de la juge des affaires familiales, qui impose une confrontation avec le père. On vous croit donne la parole, mais questionne aussi la qualité de l’écoute. Que vaut la parole quand elle est mise en doute, quand elle est répétée au point d’en perdre sa substance? Servi par une interprétation au cordeau (la performance d’actrice aussi subtile que puissante de Myriem Akheddiou, mise en regard avec l’art oratoire des avocats, incarnés par de vrais professionnels), mais aussi par une mise en image parlante du décor, ce tribunal de verre qui malmène les familles et reflète la violence du système, le film donne aux mots tout leur sens, et use de tout le pouvoir d’incarnation et d’identification de la fiction pour offrir une expérience transformatrice au spectateur. Il est en lice pour pas moins de 11 prix, dont celui du Meilleur film.

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Copyright: Christine Plenus – Les Films du Fleuve

Avec Jeunes Mères, Prix du Scénario à Cannes, Luc et Jean-Pierre Dardenne investissent leur cinéma d’une lueur d’espoir salutaire, se réinventant au singulier pluriel. Jessica, Perla, Ariane, Julie et Naïma sont (très) jeunes. Alors qu’elles ont encore un pied dans l’enfance et ses conflits non résolus, elle sont tout juste mères, ou sur le point de le devenir. En rupture avec leurs modèles familiaux, et en particulier maternels, comment vont-elle trouver les moyens d’adopter ce nouveau rôle, ou de prendre la décision qui leur semble la plus juste pour leur enfant? Jeunes mères s’inscrit, à l’image des précédents films des Dardenne, dans un cinéma résolument social, emprunt de réel et confrontant ses personnages à des questions morales bouleversantes, voire des arbitrages douloureux. Sans systématisme, ils parviennent à accompagner chacune de leurs héroïnes, évitant toujours le spectaculaire et les scènes déjà vues pour être dans la vie, sa trivialité et son âpreté. Le temps d’un film, on vit aux côtés de ces jeunes mères, on voit ce qui les empêche, et l’énergie qu’elles déploient pour s’affranchir de la fatalité de la reproduction sociale qui les menace, ces jeunes femmes incarnées, avec grâce et spontanéité par leurs cinq jeunes comédiennes. Jeunes mères est en lice pour 7 prix, dont celui du Meilleur film.

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Avec Maldoror, Fabrice Du Welz signe une fresque d’une grande ampleur sur la Belgique des années 90, ses dysfonctionnements et ses traumas collectifs, mais aussi sur la tentaculaire perversité du mal. Le cinéaste s’attaque à un sujet toujours brûlant dans l’imaginaire collectif belge: l’affaire Dutroux. La première partie, relatant la jeunesse de Chartier, livre un portrait ultra-réaliste de la communauté qu’il s’est choisie, servi par le casting de «vrais» Siciliens de Charleroi, qui nourrissent de leur authenticité la démarche naturaliste du cinéaste, qui raconte aussi un territoire désindustrialisé et abandonné du politique. D’abord cantonné à la périphérie, Dedieu émerge peu à peu, étoile noire d’une galaxie du mal composée de pauvres types comme de puissants. C’était une gageure de fictionnaliser Dutroux, figure absolue du mal. Contournant l’obstacle, Maldoror fait le choix de le réinventer, aidé par la partition de Sergi Lopez . Le mal contamine peu à peu le récit comme la psyché d’un Chartier rongé par la culpabilité, jusqu’à déboucher sur une confrontation finale dans le dernier tiers du film qui transcende le réalisme du début pour s’appuyer sur le pouvoir cathartique de la fiction, comme une possibilité collective de réparer l’histoire. Le film est en lice pour 6 prix, dont celui du Meilleur film.

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Anamaria Vartolomei et Léa Drucker dans « L’Intérêt d’Adam »

L’Intérêt d’Adam dresse le portrait viscéral d’un infirmière qui lutte sans relâche contre l’impuissance que lui confère l’institution. Lucie, infirmière en chef au service pédiatrique, tente au mieux d’accompagner Adam, qui souffre de malnutrition. Pour cela, elle doit s’assurer de la coopération de sa mère, Rebecca, pour le moins rétive. Le film relève du portrait de femme, du film social, mais aussi du thriller psychologique, tant on pressent que la relation de confiance entre les deux femmes patiemment tissée par Lucie va être mise à mal par le système. L’histoire se déroule en temps réel ou presque, dans un quasi huis clos. Le cadre se concentre sur Lucie, sujet du portrait, quitte à ce que l’action et la parole soit régulièrement hors champ. La performance de Lea Drucker est d’une rare sensibilité mais aussi d’une rare précision, tout comme le regard que pose sur elle la cinéaste.  Durant un peu plus d’une heure, on est avec elle, dans les chambres et les couloirs de cet hôpital, et le spectacle de sa profonde humanité bouleverse. Comment accepter qu’il y ait des gens que l’on ne peut pas aider, des choses que l’on peut pas réparer, des situations que l’on ne peut sauver? A moins justement que ce qui fait notre humanité, ce soit justement de ne pas se résigner devant notre impuissance face à la vie et la mort. Le film est en lice pour 6 prix, dont celui du Meilleur film.

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Kika commence comme une comédie romantique, un coup de foudre précipité par le hasard, de ceux qui changent une vie. Mais la trajectoire de l’héroïne est déviée brutalement. Elle se retrouve en deuil, enceinte, et endettée. Acculée, elle opte pour une solution peu orthodoxe. Elle qui était assistante sociale, mue par la volonté de contribuer à alléger la souffrance matérielle des gens, elle s’aperçoit qu’il est possible d’être payée… pour faire souffrir les gens. Se laissant porter par ce courant inattendu, Kika va continuer à avancer coûte que coûte, et se coltiner la douleur des autres, pour mieux finir par accepter la sienne. Que fait-on de la douleur des autres, que fait-on quand elle vient réveiller la nôtre? Autant de questionnements existentiels qu’Alexe Poukine aborde avec autant de trivialité que de profondeur, les plongeant dans un quotidien où le réel ne cède pas à la fiction, où l’histoire est ancrée, située dans la vie vraie. Dans le rôle de Kika, Manon Clavel livre une performance vibrante, rendant possible par son agilité le mélange radical des genres, où la comédie le dispute constamment au drame, comme pour nous rappeler que dans la vie, on pleure et on rit parfois en même temps. Le film est en lice pour 8 prix, dont celui du Meilleur film.

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Alors, à votre avis, qui remportera le René du Meilleur film?

L’autre grande affaire de ces cérémonies, ce sont souvent les prix d’interprétation, d’autant que cette année, les René s’ouvrent aux comédien·nes de série!

Côté films, on retrouve les « stars » de la catégorie, toutes deux primées l’année dernière, Lubna Azabal et Arieh Worthalter, toujours impeccables, et déjà maintes fois primés. La première est en lice pour Rabia de Mareike Engelhart, le second pour Les Braises de Thomas Kruithof. Myriem Akheddiou n’a pas assez des doigts sur une main pour compter le nombre de prix reçus pour son hallucinante prestation dans On vous croit. Est-ce que les René viendront parachever cette glorieuse série? Elle aura face à elle, outre la reine Lubna Azabal donc, deux outsideuses de choix. Bérangère McNeese, entre rires et larmes, dans Demain si tout va bien d’Ivan Goldschmidt, qui explore les questionnements d’une jeune femme, transfuge de classe, qui revient sur les lieux de son enfance. Quant à Mara Taquin, elle porte avec panache sur ses épaules Au bord du monde, de Sophie Muselle et Gérin van de Vorst, où elle incarne une jeune infirmière en psychiatrie qui questionne sa pratique jusqu’à se brûler les ailes. Chez les hommes, il y a bien sûr le champion de la catégorie, Arieh Worthalter, mais face à lui, trois performances très différentes pourraient créer la surprise. Le naturel joueur de Pierre Bastin dans la surprise Vitrival de Noëlle Bastin et Baptiste Bogaert; la composition très méta et très physique, mais aussi métaphysique de Yannick Renier dans Reflet dans un diamant mort de Cattet et Forzani; ou enfin, celle tout en mélancolie de Jean-Benoît Ugeux, en ex-porn star reconvertie malgré elle dans le gangstérisme dans Krump de Cédric Bourgeois

Côté séries, on retrouve Myriem Akheddiou, cette fois-ci pour son rôle de conseillère en communication d’un homme politique pris dans la tourmente dans Pandore, face à sa camarade de jeu, Anne Coesens, qui incarne la juge emblématique de Pandore, qui se bat contre la corruption qui gangrène les milieux politiques et médiatiques, mais aussi contre ses propres contradictions. Egalement en lice, Laura Sépul, qui était non seulement à l’affiche de Baraki, mais aussi d’Attraction, série pour laquelle est est nommée, un grand écart stylistique qui souligne son talent. On retrouve également Pauline Etienne, à l’affiche des saisons 2 et 3 d’Ennemi Public, de retour après les prix du Meilleur espoir en 2011 pour Elève Libre, et de la Meilleur actrice en 2014 pour La Religieuse. Chez les hommes, plein feux également sur Ennemi public avec les nominations d’Angelo Bison, glaçant à souhait dans le rôle de Béranger, tueur d’enfants en quête de réinsertion, et du regretté Philippe Jeusette, qui interprété le patriarche malgré lui et un peu dépassé du village de Vielsart. Autre héros du renouveau des séries belges, Yoann Blanc est nommé pour Pandore, où son personnage d’homme politique avide de pouvoir dépasse le point de non-retour. Michelangelo Marchese était pour nombre de spectateurs la découverte d’Arcanes, la série de Michèle Jacob et Benjamin Dessy, où il interprète D’Ambrosio, paria qui vit en retrait de la société, propulsé malgré lui dans une quête de vérité, et pourquoi pas, de justice. Enfin, le benjamin de la catégorie, Amine Hamidou, en lice pour Quiproquo, n’en n’est pas le moins capé, puisqu’il s’agit déjà de sa troisième nomination, après celles obtenues pour Le Paradis en 2024 et Amal en 2025.

N’oublions pas enfin les tout nouveaux Prix du public! Les acteur·ices cité·es ci-dessus concourent ainsi pour le Coup de coeur du public – Proximus Think Possible Award, tandis que seront également attribués le Prix Loterie Nationale de la Meilleur série, ainsi que le Prix RTBF Auvio du Meilleur film. Et vous, à qui vont vos préférences?

 

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