Elles ont entre 16 et 22 ans, avaient déjà joué ou pas, une expérience en théâtre, une envie de cinéma, ou juste l’opportunité de passer un casting pour voir. Babette Verbeek, Elsa Houben (héroïne notamment du film de Serge Mirzabekiantz Le Coeur Noir des Forêts), Janaina Halloy-Fokan (découverte dans Inexorable de Fabrice Du Welz), Samia Hilmi et Lucie Laruelle sont Jess, Julie, Ariane, Naïma et Perla, les jeunes mères du nouveau film des frères Dardenne. Propulsées sous le feu des projecteurs, elles affrontent avec vivacité et surtout complicité cette expérience hors du commun, des premiers instants, la préparation studieuse de leurs rôles, au service après-vente, la présentation à Cannes, un moment à part, et le partage du film avec le public. Pour We Love Cinema, elles reviennent sur leur aventure.

Comment vous êtes-vous approprié vos personnages ?
Babette Verbeek: On a chacune eu un mois de répétition avec les frères Dardenne. En amont, on a rencontré des jeunes filles qui habitent à la maison maternelle aussi. On a passé des après-midi avec elles. Avec les frères, s’il y a un problème ou quelque chose qu’on sent pas dans une scène ou avec un mot, c’est toujours discutable. Ils prennent vraiment le temps d’échanger et de voir si on est à l’aise. Et puis j’ai aussi appris des filles en observant leur façon de bosser.
Janaina Halloy-Fokan: Moi, je crois que c’est en travaillant dans la maison maternelle, en parlant avec les jeunes mères, et puis enfin le coaching avec les bébés. C’est vraiment à partir de ce moment-là que je me suis sentie très proche de mon personnage. Même si avant ça, j’avais déjà été très touchée en lisant le scénario.
Lucie Laruelle: Oui, c’est vrai. Et puis les frères m’ont beaucoup parlé du scénario, de mon personnage, ils m’expliquaient comment ils voyaient Perla, ce qu’ils avaient de raconter aussi à travers son personnage.
Samia Hilmi: Au début, c’était un petit peu compliqué. Je suis proche de l’âge de mon personnage, mais je n’ai pas vécu de maternité. J’ai essayé de me mettre un maximum à sa place, j’ai essayé d’imaginer son passé, ses relations familiales, qu’est-ce qui a pu se passer avec son père, par exemple, pourquoi il est absent. Les répétitions te mettent direct dans l’ambiance et la dynamique de travail. Et les frères sont super précis sur les mouvements. On sait où va être placée la caméra, quel mouvement on doit faire. Mais il y a toujours de la place pour l’improvisation. Dès le début, ils nous ont dit que s’il y avait une phrase qui nous dérangeait, on pouvait la changer.
Elsa Houben: C’est vrai, ils sont très ouverts au changement. Moi, je ne pensais que ça allait pas être le cas, qu’ils allaient avoir des détails en tête qu’ils allaient vouloir reproduire. Ce qui m’a le plus surprise, c’était de faire des répétitions très longues, très poussées, même si c’est juste pour marcher d’un point A à un point B, on répète. Et sur le tournage, j’étais épatée à quel point on prend le temps pour les scènes, parce que dans mon expérience des tournages, on n’a pas le temps de faire… Là, c’était vraiment faire et refaire, jusqu’à avoir vraiment la bonne scène.

Comment s’est passé le tournage justement, il parait qu’il a duré moins longtemps que prévu ?
Janaina : Ca, c’est à cause des bébés. On pourrait croire que ça aurait pu nous ralentir, que tout devienne plus compliqué. Mais en fait, ils ont apporté beaucoup de spontanéité, les scènes étaient plus vite vraies.
Lucie: Moi, je n’avais jamais fait de cinéma, je pensais qu’on ferait 3 ou 4 prises par scènes, mais parfois on en a fait 10, 15. Surtout quand il y avait des déplacements compliqués. Parce que finalemen,t les bébés se sont révélés être de très bons acteurs!
Babette: C’est marrant, parce que même si c’était parfois long, je me suis parfois retrouvée à avoir envie de refaire, parce que la mécanique était en place, les mouvements étaient naturels. Surtout certaines scènes clés avec India Hair.
Qu’est-ce que vous avez trouvé de plus exaltant sur le plateau, qu’est-ce que vous avez le plus plu ?
Lucie: C’est l’écoute des réalisateurs, le fait qu’ils expliquent toujours tout. Toute l’équipe nous mettait super à l’aise. Quand je doutais de ma performance, on en parlait, et quand la scène était finie, ils me disaient que c’était vraiment bien, c’était hyper réconfortant et chouette à recevoir.
Janaina: Moi, je pense que ce qui m’a marquée, c’est comment deux hommes de leur âge peuvent être touchés par des problématiques aussi éloignées d’eux.
Babette Verbeek: C’est un amour des êtres humains. Ça se sent dans leur film, mais ça se sent dans leur manière de bosser aussi. Il y a un truc chez eux où on sent que tout le monde est heureux d’être là et c’est vraiment une famille. Tu te sens hyper accueilli et tout le monde est hyper bienveillant, hyper patient, hyper gentil. C’est ça aussi, le souvenir que je garde du tournage, c’est cette ambiance et cette joie, cet enthousiasme à travailler.
Elsa: Moi j’ai beaucoup appris par rapport au jeu. J’étais très concentrée sur des aspects techniques, et ils m’ont appris à parfois mettre la technique de côté, à revenir au naturel quoi. A voirque les imperfections peuvent être belles aussi.
Samia: Ce qui m’a beaucoup plu, c’est que le film et l’équipe soit très féminins. C’était très agréable, et entre nous cinq, on se retrouvait tout le temps entre les scènes ou après le tournage pour discuter. C’était super de pouvoir partager cette expérience ensemble.

En tant que spectatrices, qu’est-ce que vous pensez du film ?
Samia: Je trouve que les rôles sont très, très bien écrits, avec une grande sincérité. On rentre dans l’histoire avec chacun des personnages. Et puis ce sujet me parle et me touche , et j’ai été très émue par leur volonté de s’en sortir. Elles ont juste envie d’avoir une meilleure vie, d’offrir quelque chose de différent et de meilleur à leur enfant. Elles agissent toujours pour leur bien, jamais d’une manière égoïste.
Babette: Oui, moi j’aime aussi ce que ça raconte, ce sont des parcours de femmes assez fous et puis ça montre ce que c’est une maison maternelle, le travail des psychologues, des éducatrices, qui n’est pas un travail visible. Et puis c’est un film qui donne de l’espoir.
Janaina: Oui, c’est vrai, moi je pense que c’est le côté militant du film qui me plaît énormément.
Peut-on revenir sur votre expérience cannoise?
Lucie: C’est allé à 10 à l’heure, il n’y a au aucun répit!
Babette: Et en même temps, c’était tellement dingue. On s’est nourries, nourries, nourries de tout ce qui se passait et on a été hyper bien accompagnées aussi. C’était de l’excitation et de la joie et de l’émotion. On est pas encore complètement redescendues.
Samia: C’est assez impressionnant au début. J’y croyais pas trop. C’était un peu bizarre de se dire que moi, petite jeune fille qui vient de Charleroi, je vais arriver au festival de Cannes avec des gens qui sont connus mondialement! Et j’avais un petit peu peur que le film ne soit pas bien reçu, et j’ai été submergée par les applaudissements après le film. On m’en avait déjà un peu parlé, mais je ne m’attendais pas à tellement d’émotion.
Lucie: A la fin du film, quand j’ai entendu tous les applaudissements et vu tous les regards des gens bienveillants et émus, je me suis dit waouh.
Janaina: Je me souviens qu’on marchait dans la rue, et on croisait des gens qui avaient vu le film et qui disaient « merci », c’était beau. Les gens étaient tellement généreux.
Elsa: Et puis le soir de la Cérémonie de clôture, il y a eu le retour des jurys, toutes ces comédiennes qui viennent nous voir, nous félicitent en face à face.
(elles s’exclament toutes): tellement!
Janaina: J’en ai eu les larmes aux yeux.
Lucie: Et vous vous souvenez à la conférence de presse ? Une journaliste a pris parole et elle avait expliqué qu’elle aussi, elle avait vécu ça. J’en ai pleuré.

De quoi vous rêvez aujourd’hui ?
Babette: Moi, mon rêve, là, maintenant, aujourd’hui, c’est d’en faire mon métier, et que je puisse avoir le choix des projets que je fais, des films et des pièces de théâtre dans lesquelles je crois, où j’ai quelque chose à défendre, à raconter, ça c’est le rêve ultime.
Lucie: Moi, en faire mon métier, je ne crois pas. Je trouve que c’est un métier très incertain, et moi j’ai besoin de stabilité dans ma vie. Mon rêve, c’est d’être avocate en Angleterre. Ah oui, aussi, peut-être être écrivaine aussi.
Elsa: Moi mon rêve c’est de revenir à Cannes, mais avec un film en tant que réalisatrice.
Janaina: Ah oui, moi aussi j’ai envie de réaliser des films plus tard parce que je trouve que c’est un très bel outil de militantisme. Avec un film, tu peux vraiment faire comprendre le quotidien de quelqu’un à une personne qui ne le connaîtra peut-être jamais. En tout cas, je voudrais participer à des projets qui pourront rendre l’humanité meilleure.
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