L’Exercice de l’Etat
Le Ministre a (très) bonne presse

« Est-il rouge ou bleu ? Vert ou orange ? Idéaliste ou corrompu ? Ministre dans “L’Exercice de l’État”, il est un homme politique aujourd’hui. »  C’est sur ces questions et cette affirmation fort lucides que s’ouvre dans La Libre une interview d’Olivier Gourmet consacrée à L’Exercice de l’État et menée par Fernand Denis.

Le long métrage de Pierre Schoeller qui est sorti mercredi 2 novembre en Belgique et en France une semaine plus tôt déchaîne les passions et un enthousiasme unanime. Pour une fois sur la même longueur d’onde, critiques belges et français pointent surtout le réalisme des situations, la perfection de la mise en scène, le rythme du long métrage et la prestation éblouissante des acteurs.

 

 

« C’est l’anti-Conquête, de Durringer », écrit Fabienne Bradfer dans Le Soir. « Avec L’Exercice de l’État, on n’est pas dans la caricature, le bal des ego, les petites phrases assassines, les luttes intestines. On est au cœur de la fonction politique avec le comment, le pourquoi, le jusqu’où. Car Pierre Schoeller dresse au plus près, au plus vrai le portrait de l’homme politique dans l’exercice de sa fonction avec tout ce que cela implique d’engagement et de renoncement, de sueur et de mains serrées, d’ambition et de sens du devoir. »

 

« Le film va suivre cet homme dans son « exercice de l’État », au sommet de la pyramide. », surenchérit Jérome Colin dans Moustique. « Là où se prennent les décisions et se déchirent les passions humaines. Dans un monde de sacrifices et de frustrations. C’est la réussite de ce film: Pierre Schoeller ne dénonce pas la politique, il tente de la comprendre. Il ne montre pas du doigt l’ambition politicienne, il essaie de l’expliquer.  »

 

Fernand Denis dans La Libre s’amuse avec les codes du cinéma actuel : « Si le film est projeté sans lunettes 3D, il ne manque pourtant pas de relief grâce à ses trois dimensions. La première, celle du ministre, campé par un Gourmet phénoménal. Animal politique, certes, mais il ne le caricature jamais, au contraire, il l’humanise, le complexifie, l’actualise. La deuxième dimension est celle de son chef de cabinet, incarné par Michel Blanc, éminence grise, homme de l’ombre, bourreau de travail, serviteur de l’État dont il entend assurer la pérennité. Quant à la troisième dimension, elle est apportée par le chauffeur chômeur mis au travail dans le cadre du plan solidarité – ça fera une séquence dans le JT. Il incarne le peuple silencieux, mais pas transparent. Avec un accident, il force les portes du cinéma à la façon des choses de la vie. »

Et il conclut : « Pierre Schoeller signe un film passionnant, état des lieux de la chose politique, à la fois romanesque et distant, toujours palpitant. »

 

En France, l’enthousiasme est au diapason: quel que soit le support de presse et son obédience politique, ce qui, dans ce contexte, confirme l’excellence de L’Exercice de l’État en tant qu’objet de cinéma. Et de futur culte?

« Parce que Pierre Schoeller s’amuse avec brio à démonter ces mécanismes, L’Exercice de l’État repose en partie sur cette sensation, si plaisante pour le spectateur, d’accéder enfin à une réalité qui lui échappe. », explique Thomas Sotinel dans Le Monde. « C’est ainsi qu’il faut comprendre le titre du film : les personnages sont régis par une force aussi implacable, mais infiniment plus capricieuse que la gravité. Ce qui conduit aussi bien à la comédie qu’à la tragédie, que Schoeller met en scène dans un même mouvement, recourant à des moyens (cascade spectaculaire, discussion politique de haut vol) que l’on trouve rarement dans ce qu’il est convenu d’appeler le cinéma d’auteur français. »

 

 » L’Exercice de l’État, de Pierre Schoeller, est d’une justesse de ton, d’une urgence, remarquables. », poursuit Thierry Gandillot, Les Échos. « On est loin du chromo noir et blanc, du cliché, du déjà-vu. Au contraire, on plonge au coeur du pouvoir. A dix mille à l’heure. Pour les journalistes qui suivent les politiques, « L’Exercice de l’État » sonnera plus vrai que vrai dans les moindres détails. »

 

Ce qui plaît aussi à tous : l’art de la nuance : « Ce n’est pas un “tous pourris” qu’assène Schœller mais le constat qu’à l’heure de la globalisation économique et de sa complexité les pouvoirs nationaux disposent d’une marge de manœuvre de plus en plus réduite. Paradoxe savoureux du film, son propos qui pourrait “désespérer Billancourt” est mis en scène avec une énergie, une vigueur et une vitesse assez irrésistibles. » A lire dans Libération sous le titre « subtil et haletant ».

 

La nuance, donc, mais aussi l’exigence du projet : « Porté par un propos radical, cet « Exercice » n’en oublie pas de nous raconter une histoire : le trajet très physique, presque tripal, d’un ministre, pas plus cynique qu’un autre, plutôt sympathique, qui finit happé. » souligne François-Guillaume Lorrain dans Le Point. « Le film de Pierre Schoeller fait d’autant plus mal qu’il arrive, fait rarissime dans notre cinéma, à donner une représentation crédible de la politique, de sa cuisine, de ses ministres qui se tirent dans les pattes, et d’un personnel qui tente de suivre: le directeur de cabinet obsolète (Michel Blanc), des technocrates qui font là où on leur dit de faire, une directrice de com’ (Zabou Breitman), qui après un tragique accident de bus, déclare. »

 

Autre sujet de satisfaction : la qualité superlative de l’interprétation. Le trio d’acteurs principaux composé d’Olivier Gourmet, Michel Blanc et Zabou Breitman ne recueille partout que des éloges: « Avec pertinence, Pierre Schoeller dessine un ministre « générique », ni de droite ni de gauche, un « mix » campé avec une puissance ­impressionnante par Olivier Gourmet, habitué, généralement, à des rôles plus populaires. », peut-on lire sous la plume d’Alain sPira dans Paris Match. « Le pouvoir, les pressions­ incessantes, la fracture qui, peu à peu, s’opère entre un homme en (sur)activité et le monde réel, tout cela est parfaitement rendu et ressenti. »

 

« C’est tout le corps d’Olivier Gourmet qui assume le poids de cette charge de ministre des Transports. », surenchérit Emmanuel Ciroddedans Ciné Live. « Le film débute sur la gestion d’un grave accident d’autocar. Que faire ? Que dire ? Comment utiliser au mieux cette fenêtre médiatique pour faire passer l’idée d’une réforme ? Toutes ces questions surgissent quand les protagonistes se rasent, ont les pieds dans la neige, ou lorsqu’ils se changent à l’arrière d’une voiture. »

 

« Le film commence par un rêve érotique… et la bosse sous les draps d’un ministre qui bande. Car Bertrand Saint-Jean – remarquable Olivier Gourmet, qui lui prête sa densité et son humanité – est bien un être de chair et de sang qui bande aussi pour son métier », conclut (un peu crûment, mais fort justement) Jean-Pierre Lacomme dans Le Journal du Dimanche.

 

Nous pourrions continuer (très longtemps) ce tour d’horizon, mais nous finirions immanquablement par nous répéter. Et vous lasser. Pour conclure, nous épinglerons donc… l’ouverture de la critique de Fernand Denis dans La Libre. Elle résume à merveille le sentiment général et le bonheur que nous avions envie de partager avec vous.

 

« Pierre Schoeller réinvente le film politique. L’idéologie a disparu, reste l’adrénaline. Avec un exceptionnel Olivier Gourmet. »

 

Tout est dit…

 

 

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