Les Magritte du cinéma belge : silence, on vote !

C’est parti!

Depuis ce week-end, les professionnels du cinéma affiliés à l’Académie André Delvaux peuvent voter pour élire les films, artistes, techniciens qui seront qualifiés pour le deuxième tour de scrutin et empocheront peut-être un Magritte 2013. La cérémonie se déroulera le 2 février 2013 dans la Salle Square au Mont des Arts. Pour la troisième année consécutive. Un bel écrin pour une cérémonie qui le mérite bien.

Qui succédera à Bouli Lanners, Matthias Schoenaerts, aux Géants, à Lubna Azabal, à Erika Sainte, Thomas Doret, Jean-Paul Zaetijd ou Claire Dubien?

La liste complète des candidats est à consulter ici.

Pour ce premier tour, les votants ont la lourde charge de choisir dans chacune des 21 catégories la personne ou le film, qu’ils souhaiteraient voir au deuxième tour. Pas forcément leur grand favori, peut-être un outsider qui aura besoin d’un support maximum pour se retrouver dans le carré final. En janvier, la tension montera d’un nouveau cran : chacun se reconnectera sur le site pour élire son favori parmi la short-list des nominés.  Cette liste prestigieuse sera annoncée le 8 janvier lors d’une conférence de presse. Et dans la foulée sur Cinevox, cela va de soi.

 

Photo : Philippe Buissin/Imagellan 2012

 

Une chose est certaine : le palmarès 2013 des Magritte aura une allure très différente de celui de la dernière édition. L’an dernier, les frères Dardenne et Bouli Lanners étaient face à face, soit deux des fers de lance liégeois du cinéma francophone pour un duel sur la forme et le fond. Les maîtres face au nouveau venu (on ne parlera pas de disciple). Dans tous les cas, les Magritte allaient inévitablement couronner un (ou deux) grand(s) nom(s).

En 2013, la donne est fort différente. Bouli, Jean-Pierre et Luc, mais aussi Benoit Mariage ou Jaco Van Dormael, par exemple, n’ont pas présenté de nouveaux longs métrages. Et Tango Libre, le quatrième film de Frédéric Fonteyne est sorti trop tard pour participer à la fête. On en reparlera l’an prochain.

 

Profitant de l’aubaine, une cohorte de nouveaux venus a convaincu des producteurs de les épauler et présenté des premiers longs métrages emballants.  Matthieu Donck (Torpedo), François Pirot (Mobile Home), Nicolas Provost (L’Envahisseur) et Patrick Ridremont (Dead Man Talking) ont tous de belles chances d’arriver dans le carré final. Même si plusieurs d’entre eux devraient rester sur le carreau. Autant  dire que la lutte sera torride. On est aussi très curieux de découvrir la performance d’Au Cul du Loup qui a réussi un exceptionnel parcours en salle au regard des moyens financiers mis en œuvre (compensé par un max d’enthousiasme et beaucoup d’idées) et qui a généré un bouche-à-oreille très favorable.

 

Seuls deux trois noms, habitués aux honneurs et aux distinctions, sont sur la ligne de départ : Chantal Akerman et sa Folie Almayer, Lucas Belvaux avec 38 Témoins une coproduction minoritaire (le film est essentiellement français) et Joachim Lafosse. Quand on sait qu’A Perdre la raison a signé chez nous le meilleur score de l’année en termes de tickets vendus pour un film du terroir (plus de 35.000), on ne peut s’empêcher de penser que le Magritte 2013 pourrait à nouveau concilier cinéphilie et goût du public. Ce qui finalement n’est pas très courant dans ce genre de remise de prix. Difficile toutefois de se risquer à un quelconque pronostic à ce stade. Disons juste que notre curiosité est aiguisée.

 

Photo : Denis Closon/Imagellan 2012

 

La bagarre sera encore plus formidable à suivre au rayon des acteurs : Matthias Schoenaerts est candidat à sa propre succession avec une prestation exceptionnelle dans de Rouille et d’Os. Mais Jérémie Rénier dans Cloclo, Olivier Gourmet dans l’Exercice de l’État et un saisissant François Damiens dans Torpedo ne sont pas prêt à lâcher le morceau. Bien malin qui peut avancer déjà un nom à coup sûr. D’autant que trois outsiders sont en embuscade, prêts à bouleverser la donne : Benoit Poelvoorde, égal à lui-même, mais à l’affiche de deux longs métrages (un handicap plutôt qu’un avantage, car les votes vont s’éparpiller), David Murgia épatant dans un tout petit film produit hors des sentiers battus (la tête la première), mais qui devrait plutôt hériter du Magritte de la Révélation 2013 et Patrick Ridremont.  À moins qu’un acteur flamand encore? Koen De Graeve et Geert Van Rampelberg sont éblouissants dans Tot Altijd. Mais le mélo de Nic Balthazar n’a pas eu chez nous le retentissement de Rundskop. Dommage pour eux…

On n’oubliera pas non plus un trio d’excellents acteurs qu’on voit de plus en plus : Laurent Capelluto (Fils unique) et le duo d’Il était une fois une fois, Jean-Luc Couchard et Charlie Dupont.

 

Chez les actrices, Cécile de France, Marie Gillain et Deborah François seront peut-être en lice pour le second tour. Christelle Cornil pourrait, elle aussi, se hisser dans le quatuor. Mais on voit mal qui pourrait arracher le trophée à Émilie Dequenne qui fait l’unanimité dans A Perdre la Raison.

 

Contrairement à l’an dernier, la lutte sera également palpitante au rayon des courts métrages ou quatre voire cinq films peuvent prétendre à la récompense. Idem pour les documentaires où ils sont au moins trois à porter l’étiquette de favoris.

 

Bref, les jeux sont très loin d’être faits et ce premier tour est déjà de la plus haute importance, car, dans certaines catégories majeures, des ténors disparaîtront des tablettes. Ce premier tour dure deux semaines.  Pendant ce temps, les votants vont se connecter sur le site et, en tout anonymat informatique, choisir leur préféré. La procédure sera identique pour le deuxième tour, mais avec un panel naturellement plus restreint.

 

Photo : Philippe Buissin/Imagellan 2012

 

Bien sûr, on peut trouver le principe de classement puéril, et il l’est certainement. Mais ne restons-nous pas des enfants toute la vie? Pourtant, les Magritte permettent d’attirer l’attention sur nos artistes, sur notre cinéma et c’est déjà beaucoup.

Les razzias des Géants et de Rundskop l’an dernier ne sont pas passées inaperçues. On en a beaucoup parlé. On a évoqué aussi l’absence quasi totale du Gamin au Vélo, pressenti un complot anti-establishment, émis des réserves, exprimé son enthousiasme. Tout cela a provoqué de longues discussions.

Et n’est pas là un des meilleurs moyens possible d’ancrer le cinéma belge dans l’inconscient collectif?  Car si les spectateurs veulent se faire leur propre opinion, ils finiront peut-être par aller voir en salles tous ces films souvent formidables qui n’attendent qu’eux.

 

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