Ernest et Célestine : convergence de talents…

Présenté en première mondiale à La Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, Ernest et Célestine, est une subtile adaptation de livres pour enfants écrits par la Belge Gabrielle Vincent, décédée en 2000 à l’âge de 72 ans.  Elle n’aura pas eu la chance de voir son univers doux et généreux adapté au cinéma. C’est bien dommage

 

Coproduit par La Parti Production avec Les Armateurs en France et Melusine au Luxembourg , ce long métrage est l’œuvre de  trois réalisateurs : le jeune Français Benjamin Renner et deux chaperons talentueux choisis par le producteur français : les Belges Stéphane Aubier et Vincent Patar (photo)

 

 

« Le hasard qui fait décidément bien les choses me mit entre les mains le DVD de La Queue de la Souris, film de fin d’études du jeune cinéaste Benjamin Renner, réalisé au sein de l’école de la Poudrière », explique Didier Brunner, producteur, donc, qui voulait depuis longtemps adapter l’univers de Gabrielle Vincent au cinéma. « Je le contacte, lui raconte mon projet, et lui adresse quelques albums d’Ernest et Célestine. Dans les 3 jours qui suivent, Benjamin m’envoie deux petites scènes animées, simples, nerveuses et magistrales ! Leur crayonné, leurs poses et leur gestuelle réinterprètent avec virtuosité et respect l’expressivité vive et tendre des dessins de Gabrielle Vincent.

La rencontre improbable d’un romancier chevronné et talentueux et d’un réalisateur inexpérimenté mais subtilement intuitif me faisait rêver d’une belle aventure, jalonnée de vraies surprises.

Se sachant novice et craignant d’assumer seul la gestion de ce gros paquebot qu’est un studio d’animation avec quarante techniciens et artistes à bord, Benjamin voulait être épaulé et parrainé pour son travail de mise en scène. Il fallait trouver des coréalisateurs tuteurs.

J’ai proposé à Vincent Patard et Stéphane Aubier (alias Pic Pic André) de venir le conforter et de coréaliser. Ils ont apporté la «Belgium touch», leurs notes d’humour et une couleur wallonne dans cette transposition du petit monde de poésie et d’émotions de leur compatriote Gabrielle Vincent.

J’ai laissé carte blanche à Benjamin pour choisir les artistes décorateurs, les coloristes, le chef animateur, le compositeur de la musique originale, les voix des comédiens et le directeur de casting. »

 


Pour les papas zinzin de Panique au Village et de Pic Pic André,  réputés pour leur art de l’animation image par image et un sens de l’humour belgo-surréaliste très décalé,  Ernest et Célestine marque un changement de registre intéressant.

Car oui, ce film va étonner… par sa simplicité, sa gentillesse, son classicisme aussi. Pas de motion capture, de 3D, de figurines ou de pâte à modeler, place à un dessin animé sobre et délicat, à l’ancienne, tout en douceur. Dans cette entreprise, le trait de « crayon » est primordial : les artistes ont travaillé au stylet sur tablette avant de transférer leurs œuvres sur des serveurs pour passer aux stades suivants : animation, coloriage, etc.  Pas question d’innover non plus: Ernest et Célestine sont des personnages connus et identifiés par le public. Contrairement à d’autres productions comme les Schtroumfs ou Tintin qui prirent récemment certaines libertés avec leur modèle, « fidélité à l’œuvre originale » est ici l’expression qui prévaut.

 

Cette transposition attendue sur grand écran n’a donc pas été confiée à n’importe qui. Le trio de réalisateurs a su s’entourer de pointures comme Daniel Pennac (Prix Renaudot 2007) qui signe le scénario et Goran Bregovic, compositeur fétiche d’Emir Kusturica qui livre la bande originale. Lambert Wilson assure la voix d’Ernest.

« Ce qui me plaît beaucoup », précise le comédien, « c’est que ce n’est pas mièvre. C’est poétique sans jamais être trop sucré. Mon personnage peut être presque antipathique parfois. Il est tendre, mais aussi râleur, grognon. C’est intéressant de la part des créateurs d’imaginer des personnages qui ont plusieurs dimensions, avec tous les défauts de l’humanité. »

 

 

Outre les réalisateurs, quelques techniciens belges réputés ont collaboré au projet. Parmi eux, on note par exemple toute l’équipe du son : Luc Thomas (Ingénieur du son), Philippe Van Leer (bruiteur) et Marc Bastien (monteur son).

 

Ce joli line-up s’est mis au service d’une douce histoire d’amitié entre une petite souris qui ne voulait pas devenir dentiste et un ours qui rêvait d’échapper à une carrière de notaire. Leur rencontre?  Dans les poubelles. Ernest, gros ours marginal, enrhumé, affamé, s’apprête à avaler au hasard ce qui lui tombe sous la main quand un hurlement retentit ! La petite souris qu’il allait dévorer le supplie de lui laisser la vie sauve.

Un appel à l’aide qui  va chambouler l’existence d’Ernest et faire naître une amitié que le monde des souris (le monde du dessous) et le monde des ours (le monde du dessus) s’acharneront à combattre. En vain. Car Ernest et Célestine auront raison de tous les préjugés.

 

Présenté et commenté au festival Anima,  évoqué au festival Travelling de Rennes par ses créateurs, Ernest et Célestine a donc fait ses grands débuts à Cannes. Il est venu une première fois à la rencontre du public belge, à l’occasion du FIFF namurois, dans le cadre de la soirée de Gala de la Fédération Wallonie-Bruxelles (photo ci-dessous). Il a aussi été récompensé au CinéKid festival d’Amsterdam, élu meilleur film international pour enfants, prix du public et prix du jury. Excusez du peu.

 

[Photo FIFF]

 

Prévu depuis belle lurette comme un idéal cadeau de Noël, Ernest et Célestine sort le 19 décembre. Un spectacle idéal pour les fêtes  avec les petiots.

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