« La Mer au loin », exil sentimental

Avec La Mer au loin, Saïd Hamich Benlarbi livre un mélodrame mélancolique et bouleversant sur l’exil et les sentiments, et pose une question aussi lancinante qu’existentielle: comment aimer quand notre coeur est resté au pays?

Repéré avec son premier long métrage Retour à Bollène sorti en 2017, Saïd Hamich Benlarbi présentait l’année dernière à la Semaine de la Critique de Cannes son très beau deuxième film, La Mer au loin, avec Ayoub Gretaa, Anna Mouglalis et Grégoire Colin. L’histoire de Nour qui a quitté son pays pour émigrer clandestinement à Marseille. Avec ses amis, il vit de petits trafics et mène une vie marginale et festive… Mais sa rencontre avec Serge, un flic charismatique et imprévisible, et sa femme Noémie, va bouleverser son existence. De 1990 à 2000, Nour aime, vieillit et se raccroche à ses rêves.

Le cinéaste livre une fresque dont l’ampleur romanesque reste en mémoire, et où la musique raï, qui accompagne les atermoiements des personnages, résonne plus que jamais comme la bande-son d’une époque, qui incarne de façon incandescente la joie de la fête comme la mélancolie de l’exil. Cette musique est comme un morceau du pays, un morceau de l’histoire de Nour qu’il emporte partout avec lui. Le film se déploie au fil de quatre chapitres et un épilogue. On commence avec Nour, qui débarque dans une France frontalement raciste. Son quotidien est fait de débrouille, de petits délits et de descentes de flics, mais ce n’est pas l’objet du film, qui s’attarde sur la confusion des sentiments. Ceux de Nour, qui découvre une nouvelle vie, ceux de Khaled, qui accepte un mariage blanc pour être régularisé, de Fadela, qui renonce au grand amour.

Le destin de Nour se mêle au hasard des rencontres à celui de Serge et sa femme Noémie, couple atypique, prêt à trouver son bonheur hors des sentiers battus, et à éprouver la liberté qu’ils s’offrent mutuellement. Les années 90 sont aussi celles du SIDA, cette menace qui plane, où la vie n’en est vécue que plus intensément. Au-delà de la perte et de la tristesse, Noémie et Nour s’inventent une route en commun. La grande force de La Mer au loin, et sa belle singularité, c’est d’aborder la question de l’immigration à travers le prisme de l’exil, en se focalisant non pas sur les données pratiques de l’existence, auxquelles on cantonne souvent ces personnages (travail, papier, légalité), mais plutôt sur les destinées sentimentales de ses protagonistes, un point de vue que l’on n’a peu trop peu vu au cinéma, où les hommes arabes sont rarement montrés pour leurs émotions, leurs joies et leurs peines, l’amour et le chagrin. Ayoub Gretaa livre une performance magnétique dans le rôle de Nour, et Anna Mouglalis et Grégoire Colin offrent une belle densité à leur personnage.

Le film sera montré en avant-première le jeudi 15 mai au Palace à 18h30, en présence du réalisateur, Saïd Hamich Benlarbi. Plus d’infos ici.

 

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