Fabrice du Welz revient
Tout sauf un calvaire !

Fabrice du Welz est de retour et on s’en réjouit. Avec non pas un film au programme, mais deux. Que du bonheur… surtout pour les amateurs de frissons très noirs.

 

 

 

Avec Calvaire, Fabrice du Welz signa d’entrée un électrochoc destiné à rester à jamais gravé dans l’histoire du cinéma belge. Et du cinéma au sens bien plus large pour ceux qui ont eu l’occasion de le découvrir hors de nos frontières. Un coup de poing américain serti de scènes cultes et empreint d’une ambiance oppressante comme on en voit rarement à l’écran.

 

 

Sans surprise,  Calvaire a aujourd’hui décroché le statut envié de film culte(issime), le genre d’œuvres qu’on évoque encore et encore entre amis, le genre d’œuvres qu’on regarde encore et encore, car on ne se lasse jamais de repérer, à chaque nouvelle vision, de petits détails qui nous avaient échappés et qui décuplent le plaisir.

 

Puis vint Vinyan, un film à la production totalement différente, tourné en Extrême-Orient sur un sujet difficile avec deux stars internationales. Un projet un peu casse-gueule, car difficile à maîtriser. Impossible ici de parler d’échec artistique, mais la vision sans concession de Fabrice n’a pas rencontré les attentes du grand public. Du coup, le succès populaire ne fut pas au rendez-vous. Avec les conséquences qu’on imagine…

 

« Je comprends qu’on peut avoir l’impression que je suis resté absent un petit temps, » admet Fabrice, « mais pendant ce temps j’ai beaucoup travaillé, beaucoup développé. J’ai travaillé sur plusieurs projets qui n’ont pas abouti. Aujourd’hui, les choses semblent concrètes et devraient démarrer dans le bon sens. J’ai vraiment la volonté de tourner plus et j’espère vraiment que ce sera le cas dans les années à venir.

 

Entre Calvaire et Vinyan, il y avait déjà environ trois ans. Ici, on en est à trois ans et demi, mais je dois avouer qu’avec Vinyan, la déconvenue publique qui a suivi la sortie n’a pas aidé. Paradoxalement, j’ai signé énormément de développements avec de grosses boîtes qui avaient envie de me faire travailler. »

 

Toujours attendu comme un messie par ses fans (dont, jouons cartes sur table, nous faisons partie), Fabrice est alors entré dans une longue période de discrétion médiatique.  Mais pas dans l’inactivité. Que du contraire. Aujourd’hui, le réalisateur bruxellois voit deux de ses projets les plus chers sur le point de se concrétiser. Il nous en a récemment parlé avec enthousiasme et une excitation communicative.

 

 » Oui, c’est confirmé, je vais retourner sur les plateaux avec un nouveau projet. La question a longtemps été de savoir lequel, en fait.  Aujourd’hui, c’est plus clair : selon toute vraisemblance; je tournerai d’abord Colt .45 produit par La Petite Reine.  Colt .45 est un polar urbain porté par Gérard Lanvin. À ses côtés, on trouvera Joey Starr, Simon Abkarian et un jeune acteur Ymanol Perset. D’autre part, je travaille avec la Parti Production sur Alleluia qui est aujourd’hui financé.  Colt .45 est officiellement annoncé et nous démarrons une préparation pour un tournage en Mars/Avril.  Alléluia se tournera donc à l’été.

Du coup, je vis un luxe incroyable, un gros projet produit par un des plus importants producteurs français et un projet plus personnel auquel je tiens beaucoup et qui, lui, est totalement financé. Cette situation est très rassurante. Pour la première fois, j’ai un coup d’avance sur le destin. Comme je suis un réalisateur vraiment anxieux, cette situation me stabilise et me calme beaucoup.

 

En plus, ces deux projets sont totalement différents. Pour Colt .45, c’est l’équipe de Thomas Langman qui est venue me chercher alors qu’Alleluia est un scénario personnel. Cela dit, ça fait un an et demi que je travaille sur Colt et, à présent, le film est entièrement le mien. Certes, c’est un projet qui s’inscrit dans une démarche de marché, mais j’y suis très heureux et épanoui. En tant que metteur en scène j’ai vraiment l’occasion d’y faire énormément de choses. Le sujet me convient et me correspond. Il est assez sombre, violent, âpre, un peu dans la tradition des films que réalisait Friedkin dans les années 70.

Alleluia est par contre un projet très affectif puisque je l’ai développé avec Vincent Tavier (producteur à La Parti, complice habituel de Patar et Aubier).  Il met en scène Bouli Lanners et Jeanne Balibar qui formeront un couple maléfique, et très spectaculaire. Pour Bouli, il s’agit d’une expérience toute nouvelle, d’un personnage qu’il n’a jamais eu l’occasion d’incarner.  Ça risque de marquer les esprits.  La présence de Jeanne Balibar dépend un peu du planning et de ses disponibilités. Virginie Efira est aussi confirmée dans un des trois rôles secondaires principaux.

 

Alleluia s’inscrit totalement dans la veine de Calvaire avec un humour à vif, un humour noir très noir comme celui qu’on pouvait trouver dans mon premier film. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard.  Depuis quelques années, Vincent et moi avons l’idée de ce qu’on a appelé la trilogie ardennaise. Il y a eu Calvaire. Dans Alleluia, on découvre la femme de Bartel qui a disparu avant le premier film et qui provoque en quelque sorte tous les événements du premier épisode. Le troisième volet mettra en scène les enfants du couple maudit qu’elle avait entraînés avec elle et qui sont un peu livrés à eux-mêmes dans Alleluia. Entre temps, ils auront grandi. Au final, les films pourront se voir de façon totalement autonome, mais ceux qui ont vu Calvaire y remarqueront des liens. Voilà un projet que je nourris depuis quelques années et il n’y a aucune échéance fixe, je ne me fixe aucune date butoir. Si Alleluia se tourne en 2012, le prochain se fera probablement dans 5 ou 10 ans… »

 

10 ans ? Espérons alors qu’entre-temps, Fabrice nous aura régalé de nombreux autres longs métrages. Les films de genre, maîtrisés et personnels, sont bien trop rares chez nous pour ne pas être attendus avec fièvre.

 

[Les photos de Fabrice du Welz ont été réalisées par Marianne Grimont lors du FIFF namurois]

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