Un DVD de Rouille et d’émotions fortes

Il y a des chocs qui se traduisent difficilement par des mots, toujours trop réducteurs. Des expériences qui peuvent être commentées après coup mais qui ne peuvent qu’être vécues sur l’instant. Des évidences, tout simplement. De Rouille et d’Os est de cette trempe. Un film qui vous laisse pantois, chancelant. Qui vous cueille comme un uppercut au foie, asséné par un Matthias Schoenaerts qui boxe définitivement hors catégorie. Vainqueur par K.O., DVD indispensable. Ça tombe bien, vous pouvez le gagner ICI jusqu’au 4 janvier.

 

 

 

 

Comme le Billion Dollar Baby de Clint Eastwood, De Rouille et d’Os est l’adaptation non d’un roman, mais d’un recueil de nouvelles. Tout l’art consistant ici, non pas à gonfler à l’hélium une trame narrative ténue, mais à s’inspirer d’un climat, d’un univers pour créer à son tour un scénario cohérent, puis un film marquant. Les personnages de De Rouille et d’Os ne viennent même pas du livre de Craig Davidson. Ils sont nés dans l’imagination de Jacques Audiard, l’homme qui enfile les perles dans une filmographie d’une intelligence et d’une personnalité exceptionnelles.

 

 

 

Sur le papier, De Rouille et d’Os pourrait n’être qu’un improbable mélo des familles, trop outrancier pour être honnête. Une sucrerie dégoulinante et totalement indigeste. Et puis non. À la sortie, on est lessivé, vidé, époustouflé.

Qu’est-ce qui explique ce miracle? La forme, évidemment. Renonçant à toute distance, Jacques Audiard nous livre un film organique, sauvage, qui parle à nos tripes et non à notre intellect, un film épidermique, paroxystique. Juste magistral.

 

À ce stade, il convient de replanter le décor et de rappeler l’intrigue : Ali (Alain) quitte notre pays avec son môme. Sam a cinq ans et sa mère vient de l’abandonner. Sans le sou, à bout de course et à court d’idées, Ali rejoint sa sœur à Antibes, dans le Sud. Elle accepte de les héberger dans le sous-sol du pavillon miteux qu’elle occupe. Alors qu’il bosse comme videur dans une boîte de nuit, il va faire la connaissance de Stéphanie, une femme pétillante avec un métier étonnant : elle est dresseuse d’orques au Parc Aquatique d’Antibes. Le conte de fées pourrait démarrer là. Mais la malchance et un mammifère marin de 7 tonnes vont en décider autrement.

 

 

Bousculant la grammaire classique du cinéma, Jacques Audiard nous plonge d’emblée dans un ouragan de sensations: fatigue, faim, rage, désirs, douleurs… Celles des personnages, de deux personnages surtout, car le point de vue alterne avec une sidérante maestria d’un à l’autre. Et ce, même si au bout du compte, on a la franche impression que c’est l’incroyable Matthias Schoenaerts qui plus qu’une Marion Cotillard irréprochable est le pivot du film.

 

 

Il faut se souvenir qu’au moment où Jacques Audiard lui proposa le rôle, Matthias était totalement inconnu en France. Quel coup de génie! Non seulement le réalisateur a vu en lui le fauve de Rundschop, mais surtout, il a immédiatement perçu l’étendue de la palette que pouvait proposer l’acteur. Une palette avec laquelle il compose ici une prestation époustouflante passant en un souffle de la douceur à la rage, de la froideur à la dérision, de la passion au désespoir dans un inexorable enchaînement de scènes d’une puissance étonnante.

Que Marion Cotillard ne se laisse pas effacer par l’animalité de son partenaire est déjà un exploit en soi, la preuve qu’elle signe ici une composition d’une intensité exceptionnelle. D’une totale sobriété, elle apporte un contrepoint parfait à la sauvagerie de Matthias.

 

 

 

De Rouille et d’os est donc un mélo, un drame misérabiliste comme personne n’ose plus en écrire aujourd’hui, de peur de plonger dans le ridicule. De Rouille et d’Os est pourtant un classique instantané dont une seule vision suffit à nous convaincre qu’on ne regardera plus jamais le cinéma avec les mêmes yeux. Plus jamais, on ne pourra non plus conter ce genre d’histoires d’une façon classique.

 

Conçu comme une spirale, de plus en plus serrée, de plus en plus aiguë, le film nous engloutit progressivement jusqu’à une scène inouïe d’une force et d’une férocité inimaginables.

Il n’est alors plus possible de retenir ses larmes qu’on a jusque-là refoulées tant bien que mal.

 

 

 

[Toutes les photos par © Roger Arpajou Why Not Productions]

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