Coups de zoom sur 2012 [3]
Cinq (autres) premiers films

L’actualité du ciné belge (fût-il uniquement francophone)  sera épileptique en 2012. Cette année, on découvrira une dizaine de premiers longs métrages de fiction sur nos écrans, ce qui pour une région d’environ 5 millions d’habitants est une performance exceptionnelle. Outre ceux que nous vous présentions hier (ici), nous nous attarderons aujourd’hui sur les arrivées de Matthieu Donck, Pierre Duculot, Kadija Leclere, Delphine Lehericey et John R. G. Shank. Certains de ces films ont déjà été aperçus en festival, un est en postprod, l’autre en phase terminale de production. Vive la relève !

 

Connu pour ses flamboyants courts métrages, fort courtisé, Matthieu Donck fera donc ses débuts en format long en 2012. Son road movie tendre et absurde a été projeté au Be Film festival, applaudi pendant de longues minutes. Il sera la vedette de notre 8e grand écran à découvrir dans les cinémas le 11 janvier.  Dynamique, acharné et fichtrement sympathique Matthieu se lance ici à la poursuite d’Eddy Merckx avec Michel, un brave type persuadé d’avoir gagné un dîner en tête à tête avec le Cannibale. Mais qui voit ce potentiel cadeau conditionné à l’achat d’un canapé en cuir dont il n’a pas besoin. Canapé qu’il doit venir acquérir en famille alors qu’il vit seul. Rien ne va plus, donc. Les jeux sont faits? Pas pour Michel qui ne va pas renoncer pour si peu.

 

Coproduit en Belgique par K2, Torpedo est le deuxième film belge prévu pour 2012 à mettre en scène un Mobilhome (voir le film du même nom). C’est aussi le deuxième à parler du quintuple champion du Tour de France avec Allez Eddy ! de Gert Embrechts. Oui, la Belgique reste plus que jamais le pays du surréalisme. De l’humour doux amer décalé, ironique,  dont Torpedo est un fantastique spécimen.

 

 

Comme Post Partum que nous évoquions hier; comme Torpedo également, Au Cul du Loup de Pierre Duculot (Need Productions) se déroule en grande partie en France. En Corse pour être plus précis. Contrairement à David Lambert, Delphine Noels ou François Pirot, Pierre Duculot a, lui, opté pour un casting majoritairement belge pour raconter sa belle histoire de découverte et d’émancipation. On retrouve donc aux côtés d’une Christelle Cornil très à l’aise pour un premier grand rôle dans un long métrage, Marryke Pinnoy déjà exceptionnelle dans Elle ne Pleure pas elle chante, un truculent Roberto D’Orazio qui fait l’unanimité, Jean-Jacques Rausin, Pierre Nisse, Marie Krémer, Cédric Eeckhout, William Dunker et même François Vincentelli très fier de sa double nationalité… belgo-corse. Un premier article a été publié ICI. Un reportage sur la présentation du film au Brussels Film Festival est à voir ICI. Et vous croiserez Christelle Cornil et Pierre Duculot à plusieurs reprises sur Cinevox pendant le mois de janvier.

 

Kadija Leclere est fort connue dans les milieux professionnels comme directrice de Casting. Elle a notamment travaillé sur Mr Nobody, Illégal et Les Barons. Cette comédienne de formation a toujours été attirée par la mise en scène. Dès 2002, elle autoproduit un premier court, mais c’est en 2007 avec Sara qu’elle trouve ses marques, son style et ses thèmes de prédilection. Comme ce court qui a remporté des récompenses à Dubaï, Miami et Milan, Le Sac de Farine renvoie à l’expérience de la réalisatrice. L’héroïne de Kadija est enlevée à la Belgique par son père qui l’emmène au Maroc. Avec ce film Kadija qui n’y a vécu elle-même que deux ans, imagine ce que serait son existence si elle y était restée plus longtemps. Sans manichéisme, elle peint le destin d’une jeune fille tiraillée entre son quotidien au cœur de la société marocaine et l’espoir d’une vie nouvelle et émancipée en Europe.

 

Diane a 14 ans, mais elle est très différente de l’héroïne du Sac de Farine. Adolescente énigmatique et solitaire elle s’occupe de l’éducation de son petit frère et entretient avec son père une relation fusionnelle. Sa trajectoire presque sans histoire va être bouleversée par l’apparition dans le quartier d’une Anglaise désinvolte et charismatique qui la fascine. Contrairement aux autres titres de ce panorama, Puppy Love est toujours au stade de la production. On devrait néanmoins le découvrir en 2012, fût-ce à la fin de l’année. Delphine Lehericey, sa réalisatrice, est déjà l’auteure d’un moyen métrage, Comme à Ostende, qui en 2007 fut sélectionné au festival de Locarno. Mis sur les rails par Entre Chien et Loup, son premier long s’annonce remuant et totalement décomplexé, à cheval entre les années 90 et l’époque actuelle : la bande-son composée par le groupe belge electro Sold Out revisitera à la sauce 2012 des tubes estampillés nineties.

 

 

Dans un autre tempo, avec d’autres préoccupations L’Hiver dernier est le premier long métrage de John R. G. Shank. John est né en 1977, aux États-Unis, mais il a fait de la Belgique son pays d’adoption depuis qu’il a intégré en 96, l’Institut des Arts de Diffusion à Bruxelles. Il travaille aujourd’hui chez nous et jouit d’ailleurs de la double nationalité. Pour son premier long, produit par Tarantula et sélectionné à la 8e édition des Venice days, John a eu le nez fin en confiant le rôle principal à l’épatant Vincent Rotiers, un des jeunes acteurs français les plus intenses et prometteurs de sa génération. Le rôle ? Celui de Johan, 25 ans qui reprend la ferme de son père et y vit seul. Du matin au soir, il travaille, prenant soin de ses bêtes. Mais le labeur et la vie sont pénibles. Alors que les terres s’enfoncent dans l’hiver, Johan perd pied. Il refuse de considérer les difficultés financières de son exploitation, et tente, au-delà de la raison, avec son corps et ses mains, de tenir ce qui ne peut être retenu. En vain?

 

S’il fallait trouver un point commun à ces cinq titres apparemment disparates, on tablerait certainement sur l’humanisme qui se dégage de leurs scénarios (à ce stade, on n’a pas encore vu tous ces films). Ce qui, finalement, est une valeur qui nous va plutôt bien, non?

 

 

 

 

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