Rencontre avec Diane Clavier et Camille Chamoux, pour « Anna et les enfants »

Camille Chamoux est à l’affiche du film de Diane Clavier, Anna et les enfants, comédie familiale inattendue autour d’une trentenaire… qui a une peur panique des enfants! La comédienne et la réalisatrice nous disent tout sur ce film qui sort ce mercredi 24 juin dans les salles belges.

Quelles sont les origines du projet?

Diane Clavier

Je suis moi-même ornithophobe, j’ai peur des pigeons, je m’y connais donc en phobie, et quand j’ai découvert que la pédophobie, soit la phobie des enfants existait, je me suis dit qu’il y avait avait là un terreau fertile de comédie! Disons qu’à partir de ce moment-là, le sujet s’est imposé à moi. Avec Olivia Côte, ma co-scénariste, qui joue aussi dans le film, on s’est donc attelées à imaginer le personnage d’Anna, avec cette phobie qui nous ouvrait un boulevard de comédie et d’improvisation. Ce qui était riche, c’est que quand nous avons commencé à écrire, moi j’avais deux enfants, Olivia pour sa part était belle-mère de deux enfants aussi, et même si nos modèles étaient différents, on galérait toutes les deux avec eux, on s’est donc nourri de nos expériences. Je suis évidemment très heureuse d’avoir eu mes enfants, mais parfois c’est dur, au point de se demander comment ça irait sans. Je me sers toujours de ce qui arrive dans ma vie pour écrire, ce qui arrive à mes proches, des discussions que je vais entendre au resto.

Camille, comment avez-vous abordé ce personnage?

Camille Chamoux

Ce qui est hyper intéressant, c’est de mettre une femme dans une situation où il est impossible pour elle de se projeter dans la maternité et la parentalité. D’autant que le film flirte aussi avec la comédie romantique, mais comment envisage-t-on l’amour et toutes les choses qui peuvent arriver dans une vie de femme en dehors du spectre de la maternité? C’était un sujet original, et rare au cinéma. Moi de toute façon ce qui m’intéresse, c’est toujours d’essayer de créer un personnage le plus sincère possible, et je sais que l’humour va partir de cette sincérité, qui doit être la plus grande possible. C’est la condition pour que les situations déclenchent le rire, le décalage entre votre sincérité, votre spontanéité absolue et le côté très saugrenu d’une situation. A partir de là, je n’ai plus eu qu’à suivre le personnage écrit par Diane et Olivia. J’ai trouvé ça super complet, et très agréable à jouer, d’autant qui il y a du burlesque pur quand on a un personnage qui a peur, qui est dans la fuite, dans la protection, dans la survie même! Il va faire des choses insensées, et ça c’est la régalade. Vous devenez une sorte de clown, puisque esclave de votre peur.

Comment vous avez pensé les outils de la comédie?

Diane Clavier

Je me suis beaucoup inspirée de films centrés autour de femmes un peu bancales, un peu fragiles, qui se cherchent comme Frances Ha par exemple, des personnages qui me plaisent énormément. Mais surtout, des films où le personnage féminin est central, et ça, c’est très rare en comédie. Quand à imaginer les blagues, dans la vie j’ai des réactions face aux pigeons qui sont complètement rocambolesques et absurdes, qui moi ne me font pas rire, mais les gens qui sont autour de moi eux rient beaucoup. Il me suffisait de remplacer le pigeons par des enfants, et j’avais des gags (rires).

Au-delà des gags, le film permet également d’aborder des thématiques plus profondes, à commencer par le fait qu’avoir des enfants, ça fait peur!

Diane Clavier

Moi ça m’a toujours terrorisée, et pourtant j’en ai eu deux, donc j’ai persévéré. Mais c’est vrai que je trouve que l’expérience de la parentalité est quelque chose d’assez terrifiant. Ça a plein d’aspects formidables, mais c’est assez terrifiant d’avoir la responsabilité de quelqu’un d’autre que soit. Surtout quand c’est quelqu’un dont on sait qu’on ne pourrait pas vivre s’il lui arrivait quelque chose. Le personnage d’Anna dit aussi ce que beaucoup de mères et de pères pensent tout bas. Et ça nous amusait et nous intéressait.

C’est un plaisir de jeu, en tant que comédienne, cette spontanéité, cette frontalité?

Cammile Chamoux

Oui, effectivement, Anna est sans filtre, mais de toutes façons, les personnages de comédie les plus réjouissants, ce sont ceux qui, à un endroit, ne respectent pas la convention sociale. Soit parce qu’ils n’ont pas la diplomatie, soit dans son cas parce qu’il y a cette phobie qui a bouleversé tous ses rapports sociaux. C’est un élément perturbateur de l’équilibre social et donc comme tout élément perturbateur, ça va faire exploser tous les rapports considérés comme normaux, mais dont on peut se demander s’ils le sont vraiment. Et sur le fait qu’un enfant fait peur, oui, c’est un film qui parle de la phobie des responsabilités, mais aussi de la beauté de ça. C’est-à-dire qu’un enfant vous force à sortir de l’égoïsme, et c’est ça que je trouve qui est joli dans le film, c’est un film qui parle de sortir de sa zone d’égoïsme.

Comment justement s’est porté le choix sur Camille pour le rôle d’Anna?

Diane Clavier

Je ressentais ce besoin d’avoir quelqu’un qui maîtrise parfaitement la comédie, avec un sens aigu voilà du rythme, qui a une vraie musicalité, une énergie, un timing. C’était vraiment essentiel. Et en même temps, quelqu’un qui puisse être extrêmement attachant, aller dans l’émotion très facilement aussi. Je trouve que le fait que Camille maîtrise à ce point la comédie lui permet finalement d’explorer beaucoup de palettes.

Anna a peur des enfants, mais en tant que comédienne, est-ce que vous avez eu peur aussi de jouer avec des enfants, de leur spontanéité?

Camille Chamoux

Moi j’adore jouer avec des enfants parce que ça te remet à l’endroit du jeu. Et ça te raccorde au principe initial de la spontanéité, comment garder l’attention de quelqu’un, je trouve que c’est très agréable, même si on dit souvent que les enfants et les animaux soit captent toute l’attention, volent la vedette, soit pourrissent la concentration! Mais moi, j’ai un grand plaisir à ça parce que tu dois jouer vite, ne pas perdre la concentration de ton partenaire qui est souvent novice et qui a peut-être mieux à faire, comme jouer justement! Et c’est très stimulant.

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