CVB: 50 ans de cinéma documentaire belge

Depuis 50 ans, le Centre Video de Bruxelles, à la fois comme atelier de production documentaire et association d’éducation permanente, oeuvre pour un cinéma engagé sur le plan éthique, politique, formel et esthétique. 

La volonté du CVB de travailler avec les gens et non sur les gens, d’aider à libérer une parole enfouie car trop souvent dénaturée, de susciter l’envie chez les artistes, réalisateurs et jeunes auteurs de partager ce regard pour entendre et voir autrement, garde toute sa pertinence. De l’atelier vidéo avec les films collectifs, au documentaire de création avec les films d’auteurs, en passant par le film outil, pédagogique ou non ; de la production à la diffusion en passant par la réalisation, le Centre Vidéo de Bruxelles a construit tout au long de son histoire une identité forte qui s’appuie sur une pratique éprouvée et en relation avec son temps. Au cœur de cette pratique, le cinéma documentaire : regarder, observer, montrer, analyser, questionner la complexité du réel dans une relation située et éthique à celui-ci.

Le Centre Video de Bruxlles accueille auteur·ices et public, et réfléchit au monde d’aujourd’hui et de demain. En 2021, il lançait la plateforme nosfuturs.net, un site de créations documentaires et transmédia pour mieux comprendre les mondes qui viennent et se projeter, les pieds bien ancrés dans le sol, dans un futur plus engageant, en prenant le temps d’approfondir certains sujets de société en proposant une série de contenus originaux et éditorialisés autour d’un documentaire d’auteur·e.

Pour clore cette année de célébration, le CVB et le Centre d’animation et de recherche en histoire ouvrière et populaire (CARHOP), publient un ouvrage retraçant l’histoire du CVB et à travers elle, un demi-siècle de cinéma documentaire, d’engagement social et d’expérimentations audiovisuelles. Fondé en 1975 dans le sillage de l’effervescence post Mai 1968, le CVB naît avec une ambition simple et radicale : faire entendre la parole de celles et ceux qui ne l’ont pas. Porté par l’élan de la démocratie culturelle et des luttes sociales, le Vidéobus (ancêtre du CVB) — camionnette équipée de matériel de vidéo légère — sillonne les quartiers populaires de Bruxelles pour « rendre la parole au peuple ». Cinquante ans plus tard, cette intuition fondatrice irrigue toujours les films collectifs, documentaires d’auteur.e.s et dispositifs d’éducation permanente produits au CVB. Au fil des décennies, le CVB accompagne les mutations de Bruxelles, puis progressivement, celle du monde : migrations, transformations urbaines, luttes sociales, mouvements culturels émergents. En cela, l’histoire du CVB raconte autant l’évolution du documentaire que celle d’un monde en mouvement. Son histoire révèle aussi les relations complexes entre secteur associatif et pouvoirs publics, entre autonomie créative, reconnaissance institutionnelle et enjeux de financement.

L’ouvrage donne également accès à 18 films emblématiques du catalogue du CVB. Parmi eux, des films de jeunes auteur.e.s qui font alors leurs armes, tels que Les Voisins, de Jaco Van Dormael (1981), Mais nous sommes tous antiracistes, de Thierry Odeyn (1983), Les enfants du Borinage. Lettre à Henri Storck, de Patric Jean (1999), Le Balai libéré, de Coline Grando(2023), mais aussi des films collectifs marquants comme Kife-Kife, de Kenza et Loubna Yacoubi, Nadia Hamzaou (1994) qui raconte comment des jeunes filles de Molenbeek-Saint-Jean s’emparent de la vidéo pour dire : « nous existons » ou Lez-arts hip-hop, de Christian Van Cutsem et Claude Schmidt (1998) qui documente les débuts du mouvement hip-hop bruxellois. Pour en savoir plus sur le livre, et comment se le procurer.

Le Centre organisera par ailleurs une soirée ce lundi 20 avril pour présenter le livre, avec également une projection de Bruxelles mise en pièces de Miel Van Hoogenbemt (1993, 40’), un film qui dresse le portrait de 26 habitant·es de Bruxelles, révélant leurs vies parallèles et singulières. À travers leurs espaces de vie — fenêtres, appartements, lieux atypiques — le film explore la diversité des habitants, leurs modes d’habiter et de transformer la ville, des jeunes aux plus âgé·es, artistes, immigré·es. La projection sera suivie d’un débat sur le Bruxelles de demain avec Fatima Zibouh (politologue), Leen de Spiegelaere (coordinatrice de la Zinneke Parade) et Dave Sinardet (politologue). La soirée est gratuite, mais sur réservation.

Check Also

Disparition de Delphine Noels

La cinéaste, scénariste et plasticienne belge Delphine Noels nous a quittés ce dimanche à l’âge …