38 Témoins
Le syndrome Kitty Genovese

Une ville portuaire à la nuit tombée. Un meurtre sauvage.  Personne n’a bougé. Personne n’a rien vu? Pierre, marin qui travaille dans le Port du Havre, prétend être rentré plus tard. C’est en tous cas ce qu’il affirme à sa campagne qui était en voyage d’affaires. Mais la réalité est différente. Pierre était bien dans son appartement. Et aujourd’hui, le remords le ronge.  Alors que la justice est prête à étouffer le scandale, une journaliste hésite à remuer le couteau dans la plaie. Avec l’aide du repenti?

 

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Coproduit en Belgique par Artémis, 38 témoins est le nouveau long métrage de Lucas Belvaux adapté d’un terrible roman de Didier Decoin. Il sort ce mercredi 14 mars. Ce drame simenonien se noue au Havre, ville prisée par Abel et Gordon, mais également Kaurismaki. L’intégralité du fait divers se déroule même dans la grande avenue dans laquelle Fiona Godon qui vient de voler deux paires de chaussures est poursuivie par une kyrielle de personnages dans La Fée. Mais la tonalité est ici infiniment plus sombre. Sur le trottoir des fleurs, un mausolée et des traces de sang séché. Derrière les fenêtres, la peur, la honte aussi…

 

[© Kris Dewitte]

 

« C’est un livre inspiré d’un fait divers réel qui s’est passé à New York, dans le quartier du Queens, en 1964. », explique Lucas Belvaux. « C’est le meurtre d’une jeune femme qui s’appelle Kitty Genovese, serveuse dans un bar de nuit, et qui, en sortant du travail à 3 heures du matin, a été agressée par un tueur en série qui l’a tuée. »

 

Personne n’a réagi, personne n’a rien fait et on parle d’ailleurs encore aujourd’hui de syndrome Kitty Genovese pour définir cette inaction, cette incapacité à intervenir.

 

[© Kris Dewitte]

 

« Moi je ne sais pas pourquoi le personnage principal n’a pas réagi », précise Lucas. « Je n’ai pas d’avis là-dessus. Je ne saurai jamais pourquoi il n’a rien fait. C’est obscur, c’est profond…

Peut-être qu’il faudrait 10 ans de psychanalyse, et peut-être que même ça ne suffirait pas. Même lui, probablement ne le sait-il pas. Ce qui m’intéresse, dans le film, c’est « après » : comment ça se passe après ça, comment lui vit avec ça, comment les autres vivent avec ça, comment la société vit avec ça. »

 

[© Agatfilms]


38 témoins se contente donc d’observer au plus près les réactions de chacun et l’impact de la vérité sur ce petit monde, soudain replié sur lui-même. Il ne livre aucune clef, mais confronte les personnages à leur lâcheté et aux regards des autres qui n’auraient sans doute pas bougé, eux non plus, mais qui ont le pouvoir de juger puisqu’ils n’étaient pas là : Louise l’épouse, la journaliste, le flic; ceux qui viennent de l’extérieur avec leurs questions. Sans réponse.

 

« Je pense qu’un film ne change jamais les gens. Je n’ai pas cette prétention-là. Mais chaque film fait partie du progrès. Ou de la régression, ça peut jouer dans l’autre sens aussi.  Les films, la littérature, la réflexion, la philosophie, etc… font qu’on parle des choses, qu’on pose les problèmes. Je pense que l’humanité en général est moins violente qu’il y a 1000 ans! Et que dans 1000 ans peut-être, on sera encore plus civilisés. Et peut-être que mes films auront un tout petit peu contribué à ça. Moins que les livres des grands philosophes, mais ça aura alimenté la discussion. »

 

[© Agatfilms]

 

Un film aux intonations glaciales. Mais peut-être traversé d’une lueur d’espoir. « C’est vrai que c’est un film sombre, mais ce n’est pas un film désespéré.  Sur la place de l’homme, sur ce qui fait l’humanité, le film n’est pas sombre parce qu’il dit quand même que l’homme est responsable de ses actes.  Et ça reste quand même quelque chose de plutôt optimiste. »

 

Tout est néanmoins relatif…

 

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