« Petit rempart », la vie de Mariem

Eve Duchemin présentera ce lundi en première belge son nouveau film, Petit Rempart, dans le cadre de la Compétition Nationale du Brussels International Film Festival. Il s’agit du portrait intime de Mariem, agente immobilière de 50 ans qui se retrouve sans foyer après avoir quitté son compagnon. Une chronique immersive aussi frontale que lumineuse

Eve Duchemin s’est fait connaître notamment avec son documentaire précédant, En bataille, portrait d’une directrice de prison, diffusé dans de nombreux festivals, lauréat du Magritte du Meilleur documentaire en 2018. En 2022 sortait son premier long métrage de fiction, Temps mort, avec Karim Leklou et Issaka Sawadogo.

Mariem, l’héroïne de Petit Rempart a 53 ans. « En fait il faut avoir fait des études pour être SDF », plaisante-t-elle. Mariem est drôle, vive, généreuse. Dans une autre vie, pas si lointaine, elle était agent immobilier, vivait dans une belle maison, à Namur, dans un confort certain. Mais c’est une autre vie, une vie de violence auprès d’un compagnon maltraitant qu’elle a quitté du jour au lendemain. Mariem se retrouve à la rue, comme on dit, et plus précisément dans un centre d’accueil pour femmes isolées, où elle entame un parcours de la combattante pour retrouver une vie qui aurait au moins l’allure de la normalité.

On suit Mariem tout au long des interminables démarches pour retrouver un statut digne, elle qui est partie sans ses papiers, avec un crédit hypothécaire sur le dos, et des douleurs chroniques. Du jour au lendemain, elle est submergée par le sentiment de n’être plus personne, entre l’infantilisation liée au traitement administratif de son existence, la paperasse, mais aussi les horaires et la surveillance qui régissent la vie du foyer où elle est hébergée, et l’impression d’être toujours sur le départ. Ce qui la relie au monde (les autres, ses enfants qui ignorent sa situation, l’administration, la banque), c’est son téléphone. Mais comme quand on est en attente d’un interlocuteur, sa vie est en suspens.

Au fur et à mesure que le récit avance, la présence de la cinéaste se fait plus tangible. Une vraie relation se crée entre les deux femmes, et l’irruption dans le champ de la voix de la réalisatrice, que l’on sent au plus près de sa protagoniste nous permet de mieux partager son quotidien. Ce lien de confiance se pose en miroir des liens d’entraide qui voient le jour au sein de la communauté de femmes, où la sororité prime, même si la détresse et la violence affleurent toujours. Mariem, dans son malheur, connaît le prix de sa liberté, et voit les souffrances de celles bien plus précarisées qu’elles, pour qui le foyer est moins une étape qu’une destination. Le portrait est tissé de petits détails (les objets que Mariem a gardés de son ancienne vie, un fer à repasser, un casse-noix), porté par sa voix toujours chaleureuse, et riche de sa générosité à donner à voir son intimité, chahutée mais passagère, en route pour une nouvelle vie.

Le film sortira dans les salles belges à l’automne prochain.

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