Toutes nos envies
Le dernier combat

On a beau défendre avec acharnement le cinéma belge, parce qu’on l’aime vraiment, qu’il en a besoin et que peu de médias prennent fait et cause pour lui, on n’en apprécie pas moins de très nombreux films étrangers, des réalisateurs venus du monde entier, des acteurs de tous horizons aussi.

Et Philippe Lioret, avouons-le d’emblée, fait partie de nos chouchous. Ce metteur en scène français a jusqu’ici enchaîné un parcours sans faute avec comme points d’orgue des œuvres d’une incroyable subtilité comme Mademoiselle,  L’Équipier (un doublé Bonnaire-Gamblin),  Je vais bien ne t’en fait pas ou Welcome qui concrétisait une déterminante rencontre avec le grand Vincent Lindon.

 

Que le réalisateur ait cédé au forcing de Marie Gillain pour incarner le personnage principal féminin de Toutes Nos Envies légitime évidemment la présence de son film dans nos pages. Car oui, Marie s’est battue pour ce rôle comme une lionne. Et elle avait mille fois raison.

A ses cotés, on découvre un Yannick Renier (Nue propriété, photo ci-contre) absolument formidable et dans des petits rôles le toujours impeccable Eric Godon (Rien à déclarer) ou (surprise) le Flamand Filip Peters (Loft, Dossier K, etc.). Que l’on nous pardonne si nous avons raté une silhouette dans cette valse dense des sentiments… c’est parce que nous avions constamment la larme à l’œil.

 

Car oui, un peu à la manière du Tot Altijd de Nic Balthazar qui sortira prochainement, Toutes Nos Envies est un mélo. Sans faux fuyant. Mais aussi un formidable hymne humaniste à la vie, un film d’amitié et de solidarité.

 

Claire (Gillain) est juge. Un jour, face à elle se présente une femme qu’elle a croisée à l’école. Elle est houspillée par l’avocat un rien cynique d’un organisme de crédit qui lui réclame des sommes folles. Emportée par ses convictions, Claire tranche durement en faveur de la débiteuse qui ne peut plus faire face aux échéances et se voit frappée d’une procédure en suspicion légitime. Pour tenter de l’aider, Claire rencontre Stéphane (Lindon), un juge chevronné qui a fait de la lutte contre le surendettement un de ses chevaux de bataille. Mais qui n’y croit plus. Lorsque Claire apprend qu’elle a une tumeur inopérable et qu’elle n’en a plus que pour quelques mois à vivre, elle se lance à corps perdu dans ce combat qu’elle n’a presque aucune chance de gagner.

 

Tiré d’une histoire vraie, romancée par Emmanuel Carrère, Toutes Nos Envies parvient à nous arracher les larmes… en évitant consciencieusement les insupportables figures de style du genre. Si Claire se bat contre la maladie, c’est en silence, sans en parler à personne et ce sont naturellement ces constantes dérobades qui nous émeuvent plus que tout. Ça et le jeu superlatif de deux acteurs en état de grâce (et d’une grande sobriété ce qui illumine d’autant leur prestation): Vincent Lindon est devenu un des acteurs les plus époustouflants du cinéma contemporain. Sans jamais forcer le trait, il récidive ici ses performances de Welcome ou de Mademoiselle Chambon pour n’évoquer que de deux films assez récents qui l’ont mis en évidence. Face à lui, Marie Gillain excelle à incarner les battantes que la maladie abîme, puis lamine. Mais qui ne renoncera pas. Il serait dommage de mettre à jour les petites subtilités qui confère encore plus d’émotion à ce double combat (et nous ne le ferons donc pas), mais l’univers de Lioret qui se dévoile par petites touches, sans jamais que le scénario ne cède à la facilité nous envahit petit à petit, jusqu’à nous submerger.

 

 

Et on est ravi de voir cet homme simple et engagé réussir une nouvelle fois à nous bouleverser. Et on est heureux que Marie Gillain trouve ici son plus formidable rôle sans doute, car cette performance marquante va naturellement donner des idées à d’autres grands metteurs en scène.

En attendant, savourons sans modération cette hymne à la vie, à l’altruisme, ce subtil cocktail d’émotions fortes et contradictoires. Cette belle histoire, tout simplement…

 

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