Une chanson très écologique

Une Chanson pour ma mère sort ce mercredi. Ce sera le premier film belge distribué en France et en Belgique par Disney et il faut être à peu près sourd ou totalement déconnecté des médias pour ne pas savoir que

1. C’est la première apparition de Dave au cinéma et qu’il y est formidable.

2. C’est le premier film d’un réalisateur belge prometteur, Joël Franka.

3. C’est une comédie familiale assez efficace et émouvante.

« Un bon chocolat chaud pour un dimanche après-midi, agréable et réconfortant », comme l’a suggéré une personne de l’équipe de production. Elle a tout à fait raison.

Depuis plusieurs semaines, Cinevox prépare cette sortie, aiguise votre curiosité, en distillant de nombreux extraits d’interviews en vidéo que vous pouvez visionner ici.

 

Tout serait donc dit? Que nenni. Saviez-vous qu’Une Chanson pour ma Mère était aussi un film écocompatible? Associant le fond à la forme, le tournage a été soumis à quelques règles qui annoncent peut-être un changement d’attitude plus global. Cette manière d’envisager les choses est déjà d’actualité à l’étranger. Il était temps que la Belgique s’y mette.

 

 

Cette initiative particulière, on la doit à la sympathique Sophie Cornet, écoconseillère indépendante. Avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle a édité un Petit guide écocinéma, distribué par le centre du cinéma en 2011. On peut le télécharger en pdf, ICI. Il s’agissait d’une démarche pédagogique, initiatrice. D’une profession de foi.

Sophie qui axe son travail sur l’industrie du divertissement et de la culture œuvre aussi pour La Monnaie. Elle s’y occupe de la gestion environnementale de l’institution et de l’impact écologique des spectacles qui y sont développés. Son envie de rendre les tournages plus « écologiquement responsables », elle a pu la mettre à l’épreuve sur Une Chanson Pour ma Mère. Avec le soutien de Bonne Pioche, Novak et Alizée, elle vient de vivre une première expérience de longue haleine. Assez réussie.

 

 

Concrètement, la démarche commence par une étude sur la manière de rationaliser certains aspects structurels : réduire la consommation de papier globale. Avec une réflexion qui s’étend du grammage des feuilles, au type d’impression effectué, en passant par l’inévitable recyclage des documents…

 

Pendant le tournage, une série de décisions liées à l’intendance et à la cantine furent prises en concertation avec tous. En proscrivant les gobelets jetables, ce sont… 9000 éléments polluants qui ont été économisés. Et on parle ici d’une structure de taille modeste. Du coup, un partenariat fut noué avec une société qui fabrique une gourde écologique. Chaque membre de l’équipe en reçut un exemplaire qu’il pouvait remplir à une fontaine à eau. Pour les sodas, des bouteilles en verre, donc recyclables, remplacèrent les récipients en plastique ou les cannettes. Des verres classiques étaient également disponibles. Combinés aux assiettes et couverts, ils ont été… le principal souci de l’intendance, obligée de faire souvent la vaisselle. Mais chacun s’y est finalement plié sans trop rechigner.

 

Le tri sélectif général fut institutionnalisé, ce qui n’a rien d’une sinécure puisque le plateau se déplaçait à plusieurs reprises. À Libramont, le travail a été mené avec la commune qui a fourni des bennes de tri. À Overijse, des poubelles différenciées ont été mises à disposition de l’équipe avec des affichettes.

 

 

L’aspect écologique du tournage passe aussi par le choix de la cantine. L’Étable d’Hôtes, implanté à Virginal ne se « contente » pas de cuisiner des produits bio. Cette rationalisation est au cœur d’une réflexion globale avec la recherche constante d’aliments de petits producteurs locaux, de saison, distribués en circuit court. Au bout du compte, l’équipe fut ravie par les repas sains, copieux et énergétiques

 

L’équipe déco rechercha des éléments de récupération et de réutilisation pour bâtir certaines parties du décor.  Au-delà de l’envie de « recycler », la volonté de travailler avec des matériaux plus sains, moins polluants, conduisit par exemple à rafraîchir la ferme avec de la peinture à la chaux plutôt qu’avec une quelconque matière moins naturelle. Selon Paul Rouschop, chef décorateur réputé, cette optique novatrice pourrait mener à de substantielles économies si on prend le temps de la réflexion pour envisager des achats durables et le recyclage. Le département « costumes » a suivi une démarche analogue : au lieu de concevoir des bures de moines, on privilégia les costumes de réutilisation.

 

Le dernier point mis en œuvre sur le tournage d’Une Chanson pour ma mère est lié aux émissions polluantes dues aux transports. Via ecoscore.be, la production a pu choisir les véhicules les plus adaptés au concept. La société retenue a même fourni une voiture électrique qui est celle de Michel (Fabrizio Rongione) dans le film.

 

La sélection des lieux d’hébergement a naturellement été opérée au plus près du plateau tandis qu’une incitation au covoiturage a été renforcée par un bonus : un remboursement au km plus élevé pour tous ceux qui le pratiquaient. Il suffisait d’y penser.

 

 

 

Après l’exceptionnel travail réalisé par Nic Balthazar sur son deuxième long métrage Tot Altijd, celui que Sophie Cornet a entrepris sur le tournage d’Une Chanson pour ma mère est une démarche, différente, mais qui pourrait bien déboucher sur une opération de longue haleine touchant une partie des productions initiées chez nous.

 

À ce stade, l’impact économique à court terme du choix d’un tournage écocompatible est difficile à mesurer. Mais tant que cela ne coûte pas plus cher, personne n’y verra d’objections. Il est néanmoins déjà possible d’intégrer cette réflexion de développement durable dans des recherches de financements complémentaires pour trouver de nouveaux investisseurs sous la forme d’institutions ou de sociétés sensibilisées à ces matières essentielles.

En France et au Royaume-Uni, différents outils ont été imaginés pour parvenir à un équilibre économique autour de ces démarches écologiques.

Un argument capital qui ne laissera aucun producteur indifférent.

 

Découvrez ici, le making of écocompatible

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