Avec L’Estive, Lisa Debauche et Naël Khleifi dresse le portrait d’une jeune femme, déchirée par l’exil, gardienne de brebis, qui ayant fui le chaos du monde en s’isolant dans les paysages déserts des Alpes est rattrapée par sa violence, sur la crête
Hana travaille comme apprentie bergère, elle mène une vie solitaire dans les Alpes, loin des hommes, du côté de Gap. On la suit elle, minuscule dans le paysage, on suit les bêtes et leur mouvement synchronisé et presque hypnotique, comme si elles faisaient corps avec la montagne. Hana s’est isolée, déchirée par l’exil, elle qui a quitté le Liban dans l’enfance, ou plutôt, qui a fui la guerre qui y sévit. Elle s’oublie dans l’apprentissage de ce métier dur, répétitif et exigeant, où le corps est éprouvé par les conditions de travail. Elle est en formation, et tout le temps questionnée, sur sa compétence, sur ses choix. Seule parmi les brebis, l’oeil toujours aux aguets, elle aperçoit des signes troublants, comme si la montagne, en secret, était habitée, jusqu’à voir les silhouettes furtives de trois jeunes hommes, qui plutôt que d’amener le danger, semblent le fuir. Rejointe par Lisa, qui vient l’aider pour le soin des bêtes, menacées par un péril invisible mais mortel, elle va peu à peu nouer de nouveaux liens, et ce faisant, déplier des pans secrets de son histoire personnelle, qui mêle l’horreur de la guerre et l’amour de la terre natale, invivable mais désespérément regrettée.

Dans son précédent film, le documentaire Alpes, sorti en 2021, Naël Khleifi suivait des hommes et des femmes qui apportent dans l’illégalité leur aide et leur secours aux migrants qui traversent la frontière entre l’Italie et la France. Dans L’Estive, écrit et réalisé avec Lisa Debauche, il revisite cette frontière, la question de l’exil, du secours, de l’humanité de certains face à l’inhumanité du système. Filmant au plus près le métier, mais aussi la montagne et la fusion fascinante entre l’animal et le minéral, dans un geste de cinéma qui allie l’aspiration à la fiction pour incarner les récits et le souci documentaire de faire ressentir un espace temps, les cinéastes offrent à la comédienne franco-libanaise Manal Issa un rôle qu’elle habite tour à tour avec ferveur et mystère, nous faisant ressentir au-delà des mots la douleur de l’exil, l’épaisseur de la solitude, mais aussi la beauté, au milieu du chaos, d’entre en relation sincère avec d’autres humains.
Dévoilé cet été à Locarno, où le film a valu un Prix d’interprétation à Manal Issa, le film est présenté en première belge au FIFF Namur dans le cadre de la Compétition 1ère oeuvre. We Love Cinema vous donne rendez-vous ce samedi 3 octobre à 16h au Delta pour découvrir le film en présence de l’équipe.
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