Le Gamin, un an après (ou presque)

Stars mythiques du Festival de Cannes depuis 12 ans, les Frères Dardenne n’ont plus rien à prouver aux cinéphiles du monde entier. Mais depuis Rosetta, Palme d’Or en 1999 (doublée d’un prix d’interprétation pour Émilie Dequenne), il leur manquait un vrai succès public. Ils le tiennent enfin. Oui, pour une œuvre de ce calibre, Le Gamin au Vélo est une exceptionnelle réussite commerciale.  Et si vous ne l’avez pas vu en salles, n’hésitez pas: le DVD est disponible depuis quelques mois déjà !

 

 

Avec deux Palmes d’Or conquises sur la Croisette, plus deux prix d’interprétation, le prix du meilleur scénario et un Grand Prix spécial du jury (ça donne le tournis…), Jean-Pierre et Luc Dardenne  se sont hissés parmi l’élite du 7e Art. Personne n’a fait mieux. Personne. Dans le monde entier. À l’aune de ce triomphe,  le Joseph Plateau Belgian Talent Award que le festival de Gand a remis aux frères pour les remercier de faire rayonner le nom de la Belgique à travers la planète est, on ne peut plus, justifié.

 

Alors certes, les frangins Dardenne pourraient continuer à exister sans le soutien du grand public. Mais, et nous posions la question dès le mois de mai 2011, le spectateur belge francophone qui aime le cinéma pouvait-il faire plus longtemps l’impasse sur deux de ses ambassadeurs les plus prestigieux? Apparemment pas! Le Gamin au Vélo, sorti dans les salles en plein Festival de Cannes, a formidablement bien fonctionné en Belgique et à l’étranger.

 

 

Un succès d’autant plus agréable qu’avant de partir le long de la Méditerranée, les deux artistes nous avouaient qu’ils rêvaient de concilier réussite commerciale et reconnaissance. Pour y parvenir, une stratégie claire avait été établie et ils nous l’avaient expliquée ICI.

 

Alors certes, on n’a pas atteint les 5 millions, mais notre alternative relevait évidemment de la boutade provocatrice. En dix mois de présence dans les cinémas, le film comptabilise 1.300.000 tickets vendus. S’il en était besoin, voilà la notoriété des réalisateurs liégeois et leur potentiel à l’international largement confirmés. Naturellement, ce résultat fait d’ores et déjà du Gamin le film belge de 2011 ayant rassemblé le plus de spectateurs Une simple comparaison devrait ravir ces fans de foot que sont Jean-Pierre et Luc : avec leur Gamin, c’est un peu comme s’ils avaient rempli 32 fois leur stade fétiche de Sclessin. Quand on connaît la popularité du Standard de Liège, il y a de quoi être ahuri !

 

 

Le Gamin au Vélo bénéficie par ailleurs d’un engouement sans précédent de la part de la presse internationale et notamment anglo-saxonne. Pour la sortie du film aux États unis le 16 mars dernier (distribution IFC Films), plusieurs revues et hebdomadaires lui dédièrent de longs articles. En cliquant sur les liens, vous verrez ce qu’en disent le New YorkerArt Info ou Film Journal (1&2) … Le très fameux écrivain Bret Easton Ellis s’est également fendu sur Twitter d’un commentaire enthousiaste, assez inhabituel pour lui. Il ne désire pas survendre le film, mais estime que « Le Gamin au vélo est «(…) incroyablement émouvant. Leur chef-d’œuvre » ».

 

 

Mêmes réactions de la part de la presse britannique lors de sa sortie au Royaume-Uni le 23 mars dernier (Artificial Eye) où la revue Sight & Sound consacre aux frères un épais dossier tandis que le Financial Times et le Guardian louent les qualités de leur dernier opus.

 

Aucune raison que l’aventure s’achève en si bon chemin : après avoir visité 27 territoires, le long métrage débarquera bientôt en Roumaine (Independenta Film 97 SRL), au Danemark (Øst for Paradis) et en Turquie (Yeni Bir Film Ldt).

 

Cette réussite est-elle due au hasard? Pas vraiment.  En 2011, sans rien céder à la facilité, les frères Dardenne  nous ont offert leur travail le plus engageant. Le Gamin au Vélo a été salué par tous comme une œuvre lumineuse, plutôt optimiste. Et surtout, il bénéficiait, pour la première fois, de l’apport d’une vraie vedette, jusqu’ici étrangère à leur univers. Retrouver Cécile de France chez les frères est pourtant presque une évidence, l’expression d’un plaisir partagé, la combinaison de deux mondes dont on obtient ici le meilleur. Mais, naturellement, s’ils ont profité de l’aura de la star, les frères ne se sont pas abandonnés à un cinéma outrageusement commercial : c’est Cécile qui s’est coulée dans leur moule. Pas l’inverse.

 

 

D’autant que, de l’avis général, l’attraction est ailleurs: outre la maîtrise formelle du film, la rigueur et la précision de sa mise en scène, on ne peut échapper au formidable Thomas Doret, acclamé à Cannes, mais aussi dans les avant-premières belges et françaises, ou au Festival de Munich où il a fait le show. Ce petit paquet de nerfs incroyablement sympathique dans la vie a d’ailleurs tapé dans l’œil de tous les professionnels. Il a tourné  un deuxième long métrage aux côtés de Vincent Rottiers et Michel Bouquet : Renoir, La Source. En février, il a également remporté un indiscutable Magritte de la révélation masculine de l’année.

 

 

Jusqu’ici Le Gamin au Vélo a donc connu un parcours sans faute: il y a eu Cannes, uneavalanche de prix spéciaux en Italie (voir ICI), des nominations aux Golden Globes, auxCésars et aux prix Lumières et plusieurs reconnaissances wallonnes, ce qui est important pour une équipe aussi attachée à son terroir.

 

film qui va bientôt être diffusé sur BeTV, il est disponible en DVD, servi en 16/9, Dolby Digital 5.1 avec des sous-titres néerlandais ce qui montre une vraie volonté d’ouverture (ce n’est hélas pas assez souvent le cas dans l’autre sens).

 

En bonus, une interview de Cécile de France, des séquences sur le tournage,  un module intitulé Retour à Seraing et des scènes commentées par les réalisateurs.

 

Et si on n’y apprend pas dans ce DVD ce qui distingue forcément les deux frères, ne vous en faites pas: pour ce genre de question idiote, vous pouvez compter sur Cinevox. La réponse est ici.

 

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