Jean-Jacques Andrien… par Jean-Jacques Andrien

Avec Il a plu sur le Grand Paysage, Jean-Jacques Andrien (Australia) nous propose un écho au  grand paysage d’Alexis Droeven qu’il réalisa en 1981. L’occasion de laisser le réalisateur verviétois d’expliquer sa position de filmeur et son regard  sur ce monde qu’il connaît si bien. 

 

Mes parents sont originaires du Pays de Herve (Mortroux et Aubin-Neufchâteau) de familles d’agriculteurs. Je suis petit-fils d’agriculteurs.

 

Enfant et adolescent, j’habitais à Verviers, j’ai passé le plus clair de mon temps libre dans les fermes de mes grands-parents, de mes oncles, non pas en « vacancier » mais en travailleur au même titre que mes cousins, fils d’agriculteurs et futurs agriculteurs. On travaillait le matin et nous étions libre de jouer l’après-midi jusqu’à la traite du soir à laquelle nous participions.

 

Mon père était l’aîné de neuf enfants, le seul garçon à ne pas avoir repris de ferme. Il est devenu « peintre portraitiste » de profession.

 

C’est par mon père que j’ai appris dès mon plus jeune âge aussi bien les choses de l’image que celles de l’agriculture; c’est lui qui m’a initié à ses réalités, à voir, à aimer et à respecter la Culture paysanne.

 

J’ai pratiqué toutes sortes de travaux dans la ferme : depuis la traite des vaches, le nettoyage des étables, l’alimentation du bétail, l’écrémage, l’épandage, le ramassage et la rentrée des foins, la cueillette des fruits (hautes tiges), la vente des fruits à la criée de Tongres …

 

Lorsque je suis revenu en 1977 dans le pays de Herve pour l’écriture du scénario du film « Le grand paysage d’Alexis Droeven », j’ai repris durant quelques semaines ce travail dans une ferme où l’un de mes oncles venait de décéder. Ce fut pour moi l’expérience d’une agriculture beaucoup plus industrialisée (pipe-lines à la place des pots trayeurs et des cruches / réfrigérateur / grilles …) que celle que j’avais connue enfant mais il n’y avait pas encore la rupture identitaire que j’ai ressentie aujourd’hui.

 

Mes rapports à ces lieux et leurs habitants ne sont pas simples.

 

Je ne suis pas paysan. Je suis cinéaste et je viens de Bruxelles où je m’étais installé pour étudier et pratiquer le cinéma. Je suis devenu pour les gens d’ici une sorte d’étranger même si l’on sait que ma famille est une famille d’agriculteurs de la région, que j’y ai réalisé « Le grand paysage d’Alexis Droeven » et que je suis revenu vivre dans le pays.

 

Mon origine familiale et mon statut de cinéaste créent vis-à-vis de ces gens, à la fois un lien et une barrière. Une barrière parce que je ne suis pas paysan.

 

J’ai donc voulu, dès le départ de ce projet, qu’il y ait une sorte de contrat implicite entre moi et ces gens que je voulais filmer afin qu’un échange puisse se produire; que ce film soit aussi le leur sans qu’il y ait instrumentalisation. Ce qui m’a amené à les associer à l’écriture du film et au tournage dans un débat permanent sur des propositions que je leur faisais et qu’ils me faisaient, mais où la décision finale me revenait nécessairement. Un groupe de travail a été créé dès le départ de l’écriture de ce film.

 

L’acte de réaliser un film documentaire est une approche d’un moment donné de l’expérience humaine à comprendre et à transmettre à partir d’un point de vue précis.

 

Ce travail implique un double mouvement : être suffisamment proche de ce moment donné afin de pouvoir le vivre et le comprendre, et suffisamment loin pour pouvoir l’analyser, se positionner par rapport à lui et le relier.

 

Mouvements d’approche et de recul, de partage et de réflexions, un travail sur les distances en fonction des liens et des différences afin d’atteindre ce centre de gravité commun où s’effectue l’évidence d’appartenir à un même monde humain.

 

C’est là, dans cette oscillation, que je situe ma position de filmeur.

 

 

 

 

EN REMONTANT LE TEMPS :

REPÈRES BIO-FILMOGRAPHIQUES

De 2007 à 12, il écrit et réalise IL A PLU SUR LE GRAND PAYSAGE, documentaire de 100 minutes en 35MM sur les agriculteurs du pays de Herve à l’est de la Belgique et poursuit la préparation de son film LE SILENCE D’ALEXANDRE.

De 2002 à 2004, il produit le premier long métrage de fiction L’ENFANT ENDORMI de Yasmine Kassari.
Ce film a obtenu plus de quarante Prix dans les festivals internationaux dont celui du Meilleur film européen à la Mostra de Venise 2004 décerné par la CICAE.

Voir sur le site http://www.lenfantendormi.be.

En 2000, il produit le court métrage LYNDA ET NADIA de Yasmine Kassari 35mm – 15 minutes.

De 1998 à 2000, il produit le documentaire QUAND LES HOMMES PLEURENT… de Yasmine Kassari – 35 mm – 57 minutes. Voir sur le site :docdif.online.fr

  • sélection ACDOC du Forum du Festival de Cannes 2000.
  • Mention spéciale du jury de la Biennale des cinémas arabes – Paris – France – 2000.
  • Prix Meuter du festival  » Filmer à tout prix  » Bruxelles – Belgique – Novembre 2000.
  • Commended for the Bazil Wright prize 2001 du Royal Anthropological Institute of Great Britain – Londres – Angleterre – Décembre 2000.
  • Prix du meilleur documentaire des cinémas du Sud du festival Vues d’Afrique – Montréal – Canada – Avril 2001.
  • SILVER DHOW Award for the second best documentary film of The 4th ZIFF (Festival of the Dhow Countries) – Zanzibar – Juin / Juillet 2001.
  • Sélectionné à une quarantaine d’autres festivals internationnaux.

En 1996, il travaille sur son film de long métrage LE SILENCE D’ALEXANDREen collaboration avec les Aborigènes (Walpiri) de Tennant Creek (Australie centrale).

En 1995, il produit le premier court métrage de fiction de Yasmine KassariCHIENS ERRANTS – 35 mm couleur – 7 minutes.

  • Prix C.I.R.T.E.F. du meilleur court métrage des pays du Sud (Festival International de Namur 1995).
  • Prix du meilleur court métrage du festival international du court métrage de Turin 96.
  • Mention de l’OCIC du festival africain de Milan 97.
  • Sélection des festivals de Biarritz (FIPA), Sydney, Oberhausen, Troïa, Montréal, New York, Biennale du film arabe à Paris, Turin, Milan, Véronne, Venise 07, Casablanca 07 …

En 1991, il coproduit à travers Les Films de la Drève, le premier film de long métrage de Lucas Belvaux PARFOIS TROP D’ AMOUR – 35 mm couleur – 90 minutes.

A travers la société française AO Production, avec Marie-Pascale Osterrieth, il coproduit le film de long métrage du réalisateur australien Rolf de Heer : DINGO, avec Miles Davis et Colin Friels.

En 1988, il coproduit avec CAB Productions (Lausanne), à travers la société AO Production (Paris), le film suisse LA MÉRIDIENNE, long métrage de Jean-François Amiguet. Sélection officielle du Festival de Cannes 1988 – Quinzaine des réalisateurs.

A travers la société Les films de la Drève, il exécute avec Marie-Pascale Osterrieth, la production du film documentaire HOPPLA ! de Wolfgang Kolb, avec Anne Teresa De Keersmaeker.

En 1987/88, il écrit avec Jean Gruault et Jacques Audiard son troisième long métrage AUSTRALIA– 35 mm couleur – 115 minutes – version originale français/anglais, qu’il coproduit et réalise en 1988/89, avec dans les rôles principaux Jeremy Irons, Fanny Ardant, Tchéky Karyo et Agnès Soral.

  • Prix de la meilleure photographie au festival International de Venise 1989.
  • Prix Femina du meilleur film belge de l’année 1989.
  • Prix « Kodak Cristal Award » 1989 pour le meilleur film belge de l’année, meilleure image et meilleur scénario.
  • Prix « Joseph Plateau » pour la meilleure photographie – festival de Gand 1990.
  • Sélectionné et présenté aux festivals Internationaux : de Venise 89, Toronto, Chicago, Londres, Québec, Rouen Noranda (Canada), Le Caire, Calcutta, Belgrade, Cleveland, Santa Barbara, Los Angelès, Viarregio, Figuera da foz, Semaine du Film Européen au Maroc 1992 etc.

En 1985-86, avec la société « Les Films de la Drève », il coproduit le filmGENESIS du réalisateur indien Mrinal SEN (sélection officielle en compétition au Festival de Cannes 1986) – 35 mm couleur- 105 minutes – version originale : Hindi.
Avec Jean-Louis Porchet (producteur Suisse), il déclenche l’établissement des accords cadres cinématographiques de co-production entre la Suisse et la Belgique.

En 1984, il écrit, produit et réalise MÉMOIRES documentaire de 55 minutes – 16 mm couleur.

  • 1er Prix « Film Dukat » (Ducat d’Or) du Jury international à la 33ème Semaine Internationale de Films de Mannheim (1984).
  • Distinction du « Volkshochshul Jury » à la 33ème Semaine Internationale de Films de Mannheim (1984).
  • Sélectionné aux festivals de Montréal (1984), Gent, Orléans, Paris (Cultura Latina), Venise (Mostra 1985), Strasbourg, Marseille, Lussas, Beaconsfield, Würzburg …

De 1977 à 1981, il écrit, produit et réalise LE GRAND PAYSAGE D’ALEXIS DROEVEN, long métrage de fiction – 35 mm couleur – 80 minutes, dont les rôles principaux sont interprétés par Jerzy Radziwilowicz (« L’Homme de Marbre »), Nicole Garcia et Maurice Garrel.

  • Sélection et Mention spéciale du jury pour le travail de la caméra en compétition officielle du Festival International de Berlin 1981.
  • Grand Prix du Festival International de Films du monde rural (Aurillac 1982).
  • Prix de la Fédération Française des ciné-clubs (Prades1981).
  • Prix André Cavens de l’Union de la Critique Cinématographique de Belgique – meilleur film belge 1981.
  • Prix Femina du meilleur film belge 1981.
  • Sélectionné et présenté aux festival internationaux de Londres (1981), Figueira da Foz, Hyères, Strasbourg, Gent, Barcelona, Bologna, Los Angeles (Filmex1982), Hollywood (pour la nomination aux OSCARS), Hong Kong, Toronto, Roma, Cambridge, Aurillac, Wissembourg, Pezenas, Ouagadougou, Orbetello, Bergamo, Toulouse, Lille, Laval, Cannes, Troïa, Würzburg

En 1974/75, il écrit, produit et réalise LE FILS D’AMR EST MORT !, long-métrage de fiction 35 mm – couleur- 85 minutes, dont le rôle principal est interprété par Pierre Clementi :

  • Grand prix (Léopard d’Or) du Festival International de Locarno, 1975.
  • Prix André Cavens de l’Union de la Critique Cinématographique de Belgique – meilleur film belge 1976.
  • Prix de l’ACCT (Agence de Coopération Culturelle et Technique) à Paris pour le meilleur scénario.
  • Sélectionné et présenté aux festival internationaux de Londres (1975), Téhéran, Belgrade, Los Angeles (Filmex 1976), Sydney, Adelaïde, Naples, Hof, Chicago (1976), New Delhi, Thessaloniki,Cannes (semaine d’Art et essai au Festival International 1977), Dusseldorf, Wurzburg, Festival des premiers films SRF Paris 1992 …

En 1973, il crée la société de production LES FILMS DE LA DREVE dans laquelle il assume la fonction d’ administrateur-délégué depuis cette date.

Avec Hassan Daldoul (producteur tunisien), il déclenche l’établissement des accords cadres de co-production cinématographiques entre la Tunisie et la Belgique.

En 1972, il écrit, produit et réalise LE ROUGE, LE ROUGE ET LE ROUGE, court métrage de fiction – 35mm couleur – 11 minutes,

  • Premier Prix de la catégorie fiction-dramatique au Festival International du Court Métrage à Grenoble (1972).
  • Premier Prix de la catégorie court-métrage de fiction au Festival National du Film belge de Knokke (1972).
  • Praëdiktat de Wiesbaden (RFA) en 1972.
  • Sélectionné et présenté aux festivals internationaux de court-métrage de Cannes (Quinzaine des réalisateurs), Cracovie, Oberhausen, Melbourne, New Delhi …

En 1971, il écrit et réalise LA PIERRE QUI FLOTTE, premier court métrage de fiction – 35mm couleur – 26 minutes,

  • Primé au Festival National du Film belge de Knokke (1972).
  • Sélectionné aux festivals internationaux de Cannes (Quinzaine des réalisateurs), Oberhausen, Hyères, Locarno, Venise, Grenoble, Carthage …

Études cinématographiques à l’INSAS (Bruxelles-Belgique) de 1965 à 1969.

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