Avec son premier long métrage documentaire, Elever au grain, Alice Godard livre un film intime, qui remonte le cours de son histoire familiale tout en plongeant la tête la première dans son présent, dressant le portrait d’une relation père-fille en constante mutation, et en passant, celui d’une agriculture à taille humaine noyée par des épreuves d’apparence inhumaines.
Etienne Godart, le père de la cinéaste donc, a repris la ferme avicole de son père. Depuis 40 ans, il travaille plus de 60h par semaine à la récolte des oeufs, la vente des poules, la gestion de l’abattoir. Depuis 30 ans, il est travaillé par l’idée de la vendre. Heureusement que dans son (rare) temps libre, il s’adonne à sa passion: la moto. Etienne est un champion, et multiplie les exploits et les courses extrêmes. Tout ça lui laisse peu de temps pour sa famille, à commencer par sa fille, et réalisatrice, Alice, qui tente pourtant de le rejoindre sur ce terrain pour partager sa passion… et un peu de son temps.
Quand Etienne tombe malade, ses filles se voient contraintes de reprendre l’exploitation. C’est ce labeur quotidien, alourdi par les problèmes de la petite société, endettée jusqu’au cou, un sort commun à des milliers d’exploitations en France, que s’emploie à filmer la cinéaste dans ce documentaire à la première personne, du singulier et du pluriel. Elle y décrit un quotidien exténuant, fait de labeur et d’incertitudes, de tracasseries administratives, mais aussi d’histoires humaines. Aux côtés de sa soeur, elle tente de tenir à bout de bras la ferme, et de maintenir le fragile équilibre d’une infrastructure brinquebalante, sans cesse au bord de l’effondrement. Pourtant, contre vents et marées, les proches s’organisent, malgré les difficultés et la lassitude. En filigranes, et avec une certaine fantaisie qui contraste avec la dureté de la vie à la ferme, c’est une histoire de sororité, faite de différences et d’une inaltérable complicité qui se dessine. Une histoire de transmission aussi, et de choisir celles que l’on accepte, et celles que l’on laisse.

Mais Elever au grain, c’est aussi l’histoire mouvementée d’une fille face à son père, qui entre deux tâches physiques ou administratives, revisite la mythologie familiale pour y trouver trace de ce qu’elle cherche depuis tout ce temps: l’amour de son père. A travers des images d’un rallye nocturne à moto partagé avec son père, qui donne corps à cette relation en pointillés, les réminiscences d’un trauma d’enfance jamais vraiment résolu, mais aussi une conversation longtemps empêchée, la cinéaste revient sur ce que nous font nos enfances, et nos éducations.
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