« Un détour par Diane »: nouveau western

Avec Un détour par Diane, Ann Sirot et Raphaël Balboni rebattent les cartes du western pour en livrer une relecture contemporaine passée à la moulinette de leur singulière fantaisie cinématographique.

Ann Sirot et Raphaël Balboni se sont faits remarquer avec une poignée de courts métrages fantasques où la poésie le disputait à l’humour, avant de transformer l’essai avec Une vie démente, surprenante comédie accompagnant un fils et sa mère atteinte d’une maladie neuro-dégénérative. Il déplaçaient à nouveau nos regards avec Le Syndrome des amours passées, comédie romantique cette fois-ci au pitch imparable, l’histoire d’un couple invité à recoucher une fois avec tous ses ex pour remédier à son problème d’infertilité. Le premier avait remporté le Bayard d’Or à Namur, et le deuxième avait fait l’ouverture de la Semaine de la Critique de Cannes.

Ce troisième long métrage, Un détour par Diane, présenté au Festival de Venise dans la section Orizzonti, y a remporté le Grand Prix du Jury présidé par Valérie Donzelli. Ils y retrouvent quelques marqueurs forts d’une grammaire cinématographique très personnelle, une recherche de spontanéité dans les dialogues, des costumes et décors à la puissance souvent allégorique, et des séquences oniriques qui ponctuent le récit. Toujours curieux des questions de genre, dans tous les sens du terme, ils empruntent pour ce nouveau film les codes traditionnels du western tout en l’actualisant et le féminisant.

Diane est une jeune femme moderne qui compte bien mener sa vie comme elle l’entend, et en particulier sa vie sexuelle et amoureuse. Mais le jour où elle apprend que sa mère a été violée dans sa jeunesse, elle ne comprend pas pourquoi ce traumatisme a été porté en secret pendant toutes ces années. Hésitant entre en vouloir à sa mère, ou vouloir la venger, elle se met en tête de retrouver son agresseur, sans l’en avertir, ni même chercher à savoir ce que celle-ci a mis en place pour surmonter le trauma. Quittant la ville pour rejoindre la côte de la Mer du Nord, son Far West à elle, Diane va croiser sur sa route quelques personnages qui vont l’aider à mettre ses idées au clair, à commencer par un intrigant cycliste qui va sérieusement remettre en question ce qu’elle croyait savoir sur les hommes.

Sirot et Balboni se penchent cette fois-ci sur la transmission intergénérationnelle des traumas, ce que l’on fait une fois adulte de l’héritage des violences sexuelles subies, mais aussi commises par nos parents ré-imaginant le western à l’aune d’une nouvelle approche des identités de genre. L’occasion aussi de repenser les dynamiques en jeu au sein du couple hétérosexuel, héritier de siècles de culture de la domination qu’il va falloir remettre à plat. Le duo a confié le rôle de Diane à Ninon Borsei, actrice à l’instinct qui trouve le refuge idéal dans leur cinéma, et invente une Diane fière et farouche, qui va peu à peu laisser la sensibilité des autres colorer la sienne. Face à elle, Lucas Meister joue l’écoute, imaginant une masculinité émancipée de la violence. Au casting, on retrouve également Sandrine Blancke dans le rôle de la mère et Jo Deseure dans celui de la grand-mère, composant ainsi une sorte de choeur intergénérationnel de femmes autour de Diane.

Le film est montré en Compétition au Festival de Namur, et sortira dans les salles belges en février prochain.

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