Ce mercredi sort Vigilante, thriller âpre et interpellant sur la question de l’auto-justice signé Olivier Pairoux, avec Eddy De Pretto dans son premier grand rôle.
Olivier Pairoux opère un virage à 180° avec son nouveau long métrage, Vigilante. Après SpaceBoy, film d’aventure familial rétro-pop, il revient avec un film noir, très noir, qui suit l’itinéraire d’un anti-héros confronté aux limites de la mission qu’il s’est fixée, qui soulève la question de la tentation de l’auto-justice quand le système chargé de protéger nos enfants est défaillant.
Hanté par un passé familial douloureux, Morville se transforme une fois la nuit tombée en vigilante, ces néo-justiciers de l’ère internet qui traquent les pédocriminels en se faisant passer pour des enfants, et les exposer eux et leurs crimes sur les réseaux. Avec Xavier et Steve, ses meilleurs amis, ils se sont donnés pour mission de nettoyer la toile, et de protéger les mineurs de ces prédateurs masqués qui jouent les bons pères de famille IRL alors qu’ils s’en prennent aux enfants en ligne. Jusqu’au jour où Xavier se fait agresser lors d’une sortie. Menant l’enquête pour tenter de comprendre ce qui s’est passé, Morville va peu à peu être amené à interroger la légitimité de leur démarche. Qu’est-ce qui le motive réellement? Et les autres, Xavier, et Steve? Peut-on réellement faire le Mal pour faire le Bien? Si la culpabilité morale des pédocriminels que chassent Morville et consorts ne fait aucun doute, peut-on pour autant se passer d’établir leur culpabilité juridique?
Toutes ces questions, Morville se les pose ou se les voit poser par les différents personnages qu’il côtoie, une journaliste qui elle-même enquête sous couverture sur le phénomène des vigilantes, cachant ses intentions propres, ou encore sa jeune nièce, qu’il implique malgré lui en voulant la protéger. Pendant ce temps-là, la police observe de loin ce petit jeu du chat et de la souris, gardant ses distances faute de moyens, mais aussi pour mieux fondre sur ses proies en temps voulu. Très vite, les conséquences des choix de Morville vont entrainer une cascade de drames, et surtout, blesser celles et ceux qui comptent vraiment pour lui.
Dans le rôle principal, on retrouve le musicien français Eddy De Pretto, qui trouve ici son premier grand rôle au cinéma, et s’implique physiquement dans la composition du personnage imaginé par Olivier Pairoux, un héros opaque, d’autant plus compliqué à saisir qu’il multiplie les choix qui le fragilisent, lui et ses proches. Face à lui, Damien Chapelle, Zacharie Chasseriaud, Roxane Mesquida, Léontine Clerbois ou Johan Heldenbergh composent chacun et chacune autant de miroirs dans lesquels se reflètent les interrogations de Morville, ses doutes et ses peurs aussi parfois. Si le film a été tourné à Bruxelles et à Charleroi, Olivier Pairoux a imaginé un univers de cinéma très personnel, exploitant l’identité des lieux tout en recréant un monde de cinéma propre, qui tend parfois vers le comics, univers dédié des justiciers, tout en ramenant ses personnages vers la noirceur d’un thriller impitoyable, où chaque acte, chaque décision, chaque silence a des conséquences.
A l’heure où la société dans son ensemble s’interroge sur la réponse à donner face à l’omniprésence des actes pédocriminels et l’apparente impunité qui entoure les agresseurs, Vigilante use de la fiction pour explorer et illustrer cette problématique sociétale urgente.
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