Avec Bandes d’Hystériques, Kita Bauchet revient sur une décennie de luttes féministes en Belgique, à travers un documentaire mêlant des images d’archives d’une grande richesse, des témoignages forts et vibrants de pionnières de ces combats, et une place singulière faite aux mots de la lutte, interprétés par des comédiennes qui donnent corps et âme au récit de ces années charnières qui adressent déjà les grandes questions qui traversent encore la société aujourd’hui.
Après le très beau Bains publics, qui racontait le quotidien de la piscine de la Place du Jeu de Balle dans les Marolles, qui sert aussi de bains-douches, de salle de boxe, que de lieu de socialisation, la réalisatrice bruxelloise Kita Bauchet revient avec Bandes d’hystériques, chronique des luttes féministes des années 70 en Belgique francophone et néerlandophone. Après 50 ans de silence, le film rend la parole à ces femmes pirates qui ont bataillé pour plus d’égalité et exhume des images inédites de ces luttes qui dormaient dans les archives depuis toutes ces années.
On croise dans le film des militantes drôles, passionnées, en colère et en empathie, bien décidées à faire avancer les choses, formidablement créatives, et résolument engagées. Leurs actions mêlent ouvrières et intellectuelles, hôtesses de l’air et historiennes. A Anvers ou à Gand, les Dolle Mina mènent des opérations coups de poing ludiques et décalées qui poussent à la réflexion avec pour objectif d’attirer la presse, à l’image de celles menées des années plus tard par les Femen ou les colleuses. Elles prônent souvent la non-mixité choisie et arpentent les rues de la cité. A La Louvière, les Marie Mineur, collectif créé par des ouvrières wallonnes, luttent pour le droit à l’avortement, aux crèches, à la contraception.

Les rôles de genre sont questionnés, et déjà, on voit apparaitre la notion d’intersectionnalité, popularisé en 1989 par la juriste afro-américaine Kimberley Crenshaw. L’inégalité entre les sexes n’est que l’une des formes des inégalités sociales. On croise nombre d’actions dans le film, du coup d’éclat au rendez-vous fondateur: le sabotage de la finale de Miss Belgique, la révolte des hôtesses de la Sabena, le Tribunal International des crimes contre les femmes qui fête cette année son cinquantième anniversaire.
Les mots ont toute leur importance aussi, à travers les témoignages de ces pionnières bien sûr (Jacqueline Aubenas, Christiane Rigomont, Jacqui Goegebeur ou Jeanne Vercheval, mais aussi Chantal Ackerman), mais aussi ceux publiés dans Le Petit Livre Rouge des Femmes, livre collectif publié en 1972, ou encore dans Les Cahiers du Grif, l’une des toutes premières revues féministes éditée en 1973. Ces mots sont portés par la voix de comédiennes d’aujourd’hui, en français comme en flamand, Lynn Van Royen, Olivia Harkay, Marie Avril, Lucie Debay, Purdey Lombet, Circe Lethem, Raphaëlle Bruneau, Sophie Breyer, ou Monia Douieb.
L’avant-première du film aura lieu ce jeudi 5 mars au Palace à Bruxelles. Il sera projeté ensuite un peu partout en Belgique.
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